L’histoire de la semaine
Cette fois, c’est officiel : Strasbourg va rallumer. Catherine Trautmann a annoncé le retour de l’éclairage nocturne dans les rues de la ville, mettant en position “off” l’une des mesures les plus symboliques – et les plus clivantes – du mandat Barseghian.
L’extinction entre 1 h et 5 h concernait 30 % des voiries. La moitié a déjà retrouvé la lumière, notamment à l’ouest – Elsau, Cronenbourg, Koenigshoffen, Hautepierre, bientôt Montagne-Verte. Le reste suivra d’ici le 30 juin, Grande-Île comprise, à l’exception des parcs et espaces naturels, histoire de ne pas réveiller les hérissons pour rien.
Le cadrage politique est clair : sécurité, déplacements nocturnes, sentiment d’insécurité, femmes qui rentrent seules, cyclistes qui ne peuvent pas compter uniquement sur leur phare avant Lidl à 12,99 €. La maire parle d’une « écologie qui protège sans opposer les habitants entre eux ». Traduction : on garde le vocabulaire écolo, mais on change sérieusement la doctrine.
Reste un petit angle mort : la municipalité ne dispose pas de statistiques précises sur l’accidentologie ou l’insécurité liées à l’extinction. Elle s’appuie donc sur des remontées de terrain et sur le sentiment d’insécurité. Mais politiquement, c’est assumé : ce sentiment doit être pris au sérieux. Plus que l’ambition environnementale de la mesure ainsi éteinte.
Le coût annoncé est de 110 000 € TTC par an. La Ville dit vouloir financer la mesure par l’accélération de la conversion LED, actuellement à 60 %, avec objectif 100 % d’ici la fin du mandat. Landdry Augier de Lajallet, l’adjoint en charge du dossier, pointe aussi le retard de la télégestion : seuls 4 % des luminaires strasbourgeois peuvent aujourd’hui être pilotés à distance. Pour une ville qui avait beaucoup parlé de sobriété lumineuse, ça fait un peu lampe connectée restée dans son carton.
L’autre histoire de la semaine
Après la lumière dans les rues, la lumière sur la cathédrale. La nouvelle municipalité veut aussi rallumer le spectacle estival strasbourgeois , avec le retour d’un grand son et lumière sur la façade de Notre-Dame, dès cet été, autour des 800 ans de l’Œuvre Notre-Dame.
Le son et lumière va faire son grand retour. Photo archives Jean-François Badias
Là encore, le message politique est limpide : rupture avec les années Barseghian. Les petits arbres artificiels de la place du Château , qui avaient produit des « photos instagrammables » et beaucoup de ricanements dans l’opposition, sont priés de rejoindre la forêt enchantée des marchés publics oubliés. Où sommeille Nemeton, qui avait déjà tenté la performance « structure qui menace ruine », limitant forcément les envies de revival.
Exit les arbres artificiels sur la place du Château. Photo archives Philippe Dossmann
Mathieu Cahn veut revenir aux « grands rendez-vous », aux « temps forts », aux moments où les gens se croisent et partagent une émotion collective. En clair : moins de « spectacle non spectaculaire », plus de spectacle tout court. Le son et lumière tournera en boucle toutes les dix ou quinze minutes, à partir de 22 h 20 ou 22 h 30, pour gérer les flux autour de la cathédrale. Budget annoncé : environ divisé par deux par rapport aux petits arbres, dont le marché représentait 400 000 € par saison.
Le chiffre de la semaine
35 000 euros
C’est ce que cherche à réunir l’association strasbourgeoise ERA pour continuer à sauver des chats. Après plus de dix ans d’activité et 10 000 félins sauvés, la structure alerte sur une situation financière « critique » : abandons en hausse, chats accidentés ou très malades, coûts globaux qui augmentent, frais vétérinaires qui explosent.
L’association ERA s’ occupe de recueillir les chats en difficultés pour s’en occuper avant qu’ils trouvent un foyer d’accueil. Photo archives Cédric Joubert
Le sujet piscine, mais pas que
La piscine d’Auenheim, commune associée de Kehl, a rouvert le 14 mai avec un nouveau règlement vestimentaire inspiré des piscines strasbourgeoises. En clair : maillots propres, adaptés, enfilés sur place, au-dessus du genou ou moulants jusqu’aux coudes et bas des genoux maximum, sans cagoule ni « élément de type voile ». En clair, bermudas et burkinis ne sont plus autorisés.
À noter aussi : interdiction explicite des chichas, de l’alcool, des objets en verre, de la musique trop forte, des photos et vidéos. Bref, la piscine rouvre, mais surtout pas pour rejouer un clip de rap en short de bain long avec enceinte Bluetooth et bouteille cachée dans le sac de sport.
La citation de la semaine
Je suis dans une impasse administrative.
Zhanna Klimenka
Après la trêve hivernale, Zhanna Klimenka vit sous la menace d’une expulsion de son logement quai des Belges. Elle est Biélorusse, arrivée à Strasbourg en 2018 avec son fils, après une histoire d’amour devenue enfermement domestique. Elle a travaillé tant que son titre de séjour le lui permettait. Puis le retrait de son droit au séjour l’a privée d’emploi, les arriérés de loyer se sont accumulés, et la machine administrative s’est mise en route.
Zhanna Klimenka pose avec son fils et leur chat Tom. Photo Jean Marc Loos
Elle doit plus de 6 800 € à Ophéa. Une famille strasbourgeoise qui l’employait pour des ménages l’a aidée à rembourser. Insuffisant. Elle attend une réponse de l’Ofpra, conteste deux OQTF, montre trois promesses d’embauche, le bulletin scolaire solide de son fils Raman, et résume tout en une phrase : « Je suis dans une impasse administrative. » Une vie suspendue à un coup de sonnette annonçant l’expulsion redoutée. Sans que le bailleur ou que le locataire n’ait fauté.