Les 28 brebis du troupeau itinérant des Moutons marseillais ont l’habitude de faire claquer leurs onglons sur le bitume de la ville, lors de leurs transhumances urbaines de champs en cours d’école ou d’Ehpad. Mais cet été, c’est un voyage d’une autre envergure que ces bêtes vont faire avec Maïté, leur bergère, et des dizaines de bénévoles.

À l’occasion de l’année internationale du pastoralisme, elles vont relier à pied – sans camion de transport – les 300 kilomètres qui séparent Marseille de Méolans-Revel, un petit village proche de Barcelonnette dans la vallée de l’Ubaye, où elles resteront pâturer jusqu’en octobre. Le départ, sacs sur le dos pour porter le matériel, est prévu le 8 juin à 5 heures du matin.

Le parcours pastoral devrait durer 36 jours en suivant un itinéraire d’abord à travers le massif de l’Étoile pour rejoindre Simiane-Collongue puis Gardanne, Saint-Marc-Jaumegarde, Jouques, Vinon-sur-Verdon, Valensole et Digne.

Une ambitieuse transhumance, la plus longue jamais faite par ce troupeau de brebis apprivoisées, pour aller à la rencontre d’éleveurs, d’agriculteurs et de producteurs et créer des moments de rencontres dans toute la région.

« Nous avons pensé cette transhumance pour qu’elle soit participative. On veut partager un peu de notre quotidien de bergères et faire des ponts avec la cinquantaine de communes que nous allons traverser. Pour chaque étape, nous voulons créer avec les habitants un dialogue autour de la préservation de la biodiversité et de la connaissance du vivant. Nos brebis apprivoisées, proches de l’homme, sont un bon moyen de faire du lien« , explique Maïté. « On veut mettre en valeur tout le territoire et faire découvrir à notre communauté tout un univers, des produits, qu’ils ne connaissent pas, depuis Marseille », ajoute Lisia, une des administratrices de l’association des Moutons.

À la recherche de mécènes et d’un camp de base pour les moutons

Avant leur départ, les bergères sont encore à la recherche de mécènes, pour financer des équipements de campement légers notamment, mais aussi de relais le long de leur trajet pour de l’hébergement et de l’aide afin de transporter leur matériel entre les étapes. Elles espèrent surtout recruter d’autres volontaires et compagnes de route (1).

D’ici là, les brebis – qui ignorent tout de ces préparatifs – paissent paisiblement dans le 12e arrondissement, derrière le cimetière des Vaudrans, où elles débroussaillent un terrain privé. Denise, qui s’offre depuis trois ans les services de ces moutons, se souvient des premières étapes d’une transhumance estivale à pied il y a deux ans, avec deux fois moins de bêtes et moins lointaine. « C’est une sensation unique et une chance incroyable de participer à cette aventure. Ces brebis sont très gentilles et surprenantes », décrit-elle.

De juillet à octobre, le troupeau restera paître dans les Alpes.De juillet à octobre, le troupeau restera paître dans les Alpes. / Photo Nicolas VALLAURI

Tondus de près fin avril sur le campus de Saint-Jérôme, les ovins sont moins reconnaissables que lorsque leur toison était fournie, mais ils ont tous leur personnalité et leur caractère. La toute petite Béné est la plus douce avec les enfants, elle n’aime pas le mistral et aime faire la sieste au soleil en mâchonnant. Vigo, le seul mâle du troupeau est joueur, Noose aime les caresses et chiper des graines dans le seau de Maïté.

Cette transhumance est une étape de plus dans l’évolution de l’association, mais les défis pour assurer l’avenir son nombreux. Les bergères cherchent toujours l’équilibre économique de leur activité, puisqu’elles ne reçoivent que peu de subventions. Elle espère obtenir l’aide de la Région pour cette année du pastoralisme. Les défis sont nombreux et elles souhaitent trouver un accord avec la Ville pour occuper un terrain qui serait la maison permanente des brebis.

1. Pour participer à la prochaine assemblée générale de l’association, le 20 mai à la Cité des transitions, ou à la transhumance, il est possible de s’inscrire via le site des Moutons marseillais ou en écrivant un mail à [email protected].