Pour les Marseillais, l’Évêché n’a rien d’ecclésiastique, c’est le nom du commissariat central de la ville. Mais l’hôtel de police, siège de la fameuse PJ marseillaise, parle de plus en plus, aussi, aux amateurs de polar, d’où qu’ils soient. Voilà neuf ans désormais que le prix de l’Évêché – Polars du Sud récompense un roman policier ou un thriller parmi plusieurs dizaines d’ouvrages sélectionnés par son jury.

À l’instar du prix du Quai des Orfèvres et de celui de l’Embouchure, pour la région toulousaine, ce sont des hommes – et des femmes – de l’art qui le décernent. Le jury du prix de l’Évêché étant constitué pour moitié de fonctionnaires de police (l’autre moitié réunit depuis l’origine des membres des Rotary clubs Marseille Métropole et Saint-Barnabé) et présidé par un quinzième membre illustre, l’ancien patron zonal de la police judiciaire, Éric Arella, désormais directeur de la sécurité publique de Monaco, mais toujours grand lecteur.

Un niveau littéraire inédit

Pour la neuvième édition du prix, près de soixante romans ont été engloutis par le jury, chargé d’abord de sélectionner dix finalistes, avant la cérémonie de remise au lauréat, dévoilé ce mardi 19 mai. La plupart des critères demeurent (l’ouvrage doit notamment avoir été publié l’année précédente) mais évoluent d’une année sur l’autre. L’intrigue doit ainsi se dérouler pour l’essentiel dans un territoire qui s’étend de Monaco au Sud-Ouest. « On a étendu un petit peu à l’Ouest, ce qui fait que le périmètre correspond désormais à celui de la zone de défense Sud », relève Éric Arella, dont le jury, s’il se renouvelle en partie d’une année sur l’autre, a acquis une sensibilité certaine pour détecter les bonnes feuilles et note soigneusement chaque lecture selon une série de critères.

« L’éditeur est un indice, puis au bout de 50 pages, on se fait une assez bonne idée de la qualité d’écriture. Reste celle de l’intrigue, qui nécessite d’aller au bout, et réserve parfois des surprises », poursuit le haut fonctionnaire confiant, fiches de lecture à l’appui, que le niveau littéraire, cette année, est inédit.

Dix finalistes dont l’ancien patron de la BRB

On ne s’étonnera donc guère de retrouver, parmi les finalistes de 2026, beaucoup d’auteurs déjà fameux : Nicolas Nutten, pour l’Évangile des ombres (Harper Collins), Bernard Minier, avec H (XO Éditions), Céline Denjean avec La mue (Michel Lafon) ou encore Niko Tackian (La menace, chez Calmann-Levy), au côté de Jacques Saussey (Invisible, Fleuve éditions), Cédric Sire (Survivantes, chez Michel Lafon encore), Alexandra Julhiet pour La nuit de l’Ours (Calmann-Levy à nouveau) et Stéphanie Artarit avec On ne mange pas les cannibales (éditions Belfond).

De façon plus inhabituelle, la liste ne comporte, cette année, qu’un seul Marseillais, mais pas des moindres. Car Christophe Gavat n’est pas seulement un auteur prolifique, adapté par Olivier Marchal et déjà lauréat du prix du Quai des orfèvres 2021 pour « Cap Canaille ». Jeune retraité de la police nationale, il fut, jusqu’à la fin de la terrible année 2023 le patron de la Brigade de répression du banditisme, la fameuse BRB, désormais autant impliquée que la Crim’ dans les affaires liées au narcobanditisme. Une expérience qui n’aura pas manqué d’inspirer le commissaire divisionnaire, puisant dans ce qui fut son quotidien avec parfois quelques passerelles. Comme ce jour d’opération à la cité de Campagne Lévêque, où, poursuivant l’un des suspects à travers l’appartement d’une vieille dame, un policier sous ses ordres avait aperçu l’un des précédents romans de son chef, qu’il avait aussitôt emprunté afin de le faire dédicacer par l’auteur. « Ce n’est pas tous les jours que l’on reçoit un écrivain ici », s’était émerveillée la locataire, récupérant l’exemplaire signé de « Cap Canaille ».

Des dédicaces, il y en aura bien d’autres ce mardi 19 mai à l’occasion de la cérémonie de remise du prix, cette année exceptionnellement organisée au siège de la Légion étrangère, à Aubagne, où tous les auteurs finalistes, ou presque, seront rassemblés. Le temps d’une soirée réunissant 300 convives, au profit, toujours, des orphelins de la police nationale ainsi que du Foyer d’entraide de la légion étrangère. Le 9e prix de l’Évêché sera décerné par le préfet de région, Jacques Witkowski, et le lauréat 2025, Jérémie Claes.