Par
Nicolas Evanno
Publié le
16 mai 2026 à 18h16
Le 12 septembre 2025, à Roz-sur-Couesnon (Ille-et-Vilaine), vers 22 h, un adolescent circule sur une petite moto, quand un véhicule surgit derrière lui, pleins phares. La voiture vient se mettre à sa hauteur, l’effleure avec l’intention manifeste de le faire stopper, et le conducteur l’invective. Le résultat de cette manœuvre est la chute du jeune homme.
« J’avais peur des conséquences »
Heureusement celui-ci n’est pas grièvement blessé, mais profondément choqué.
Le conducteur de la voiture a comparu devant le tribunal de Saint-Malo, mardi 5 mai.
Cette histoire n’a pas été simple à démêler, au départ, pour les gendarmes. Car l’automobiliste va tout faire pour brouiller les pistes. Il va prétendre que ce n’est pas lui qui était au volant, mais sa compagne, que le jeune motocycliste avait fait un délit de fuite après un accrochage…
Devant la présidente du tribunal, le prévenu, un homme de 45 ans, se montre plus raisonnable :
C’est moi qui conduisais. J’ai d’abord dit que c’était ma femme, parce que j’avais peur des conséquences…
« J’ai voulu l’engueuler, alors je l’ai poursuivi »
Il compte en effet plusieurs antécédents judiciaires, en lien avec des délits routiers notamment : conduite sous l’état alcoolique, sans permis…
Des témoins de la scène ont d’ailleurs indiqué être persuadés que l’automobiliste était alcoolisé, notamment car il s’exprimait « avec une voix pâteuse ».
Le quadragénaire présente une autre version : « Je n’avais pas bu d’alcool. J’ai entrepris des soins depuis mes précédentes condamnations et je ne bois plus. Par contre, j’avais pris des médicaments assez forts pour l’endormissement », explique-t-il.
Quant à la chute du jeune homme, voilà comment il présente les choses : « Ce soir-là, j’avais dû sortir pour aller chercher ma fille au McDo. Je suis tombé sur ce jeune, qui m’a coupé la route. J’ai voulu l’engueuler, alors je l’ai poursuivi. En le doublant, je l’ai effleuré et il est tombé. Mais je n’ai pas eu l’intention de le percuter pour le faire tomber ».
Les conséquences auraient pu être dramatiques
Pour la procureure, la vérité est différente. Elle rappelle le contexte de rodéos de jeunes motards dans la commune, qui énervaient le prévenu. « Ce soir-là, il a pris pour cible ce jeune homme, considérant qu’il faisait partie de ces perturbateurs. S’il reconnaît aujourd’hui avoir été au volant, il continue à nuancer en incriminant la victime qui lui aurait coupé la route. Ce que le jeune homme n’a jamais confirmé, et lui n’a jamais varié dans ses déclarations ».
Surtout, les conséquences de cet accident auraient pu être dramatiques. « Ce sont des faits graves », considère la procureure, qui requiert 12 mois de prison.
Décision le 9 juin
Pour Me Baron, qui défend le prévenu, « on ne peut pas considérer que s’il n’a pas dit la vérité au début, cela constitue la matérialité des faits. Il dit l’avoir frôlé, ce qui a provoqué sa chute. Mais est-ce que cela correspond à un choc délibéré à l’arrière pour le faire tomber, comme on le lui reproche ? », interroge l’avocat. Selon lui non, et il plaide donc pour une requalification des faits en « blessures involontaires sans ITT ».
Il demande aussi la relaxe de son client concernant la conduite sous état alcoolique, « car ce n’est pas quelque chose qui se décrète sur la base d’un ou deux témoignages. Il n’y a pas d’éléments concrets pour le prouver ».
Le jugement a été mis en délibéré et sera rendu le 9 juin.
Personnalisez votre actualité en ajoutant vos villes et médias en favori avec Mon Actu.