L’ensemble des 22 personnes identifiées en France comme cas contacts de la Néerlandaise du navire de croisière MV Hondius décédée de l’hantavirus sont « actuellement hospitalisées », a annoncé ce mercredi la ministre de la Santé. Les 8 Français qui ont pris le même vol que la passagère malade entre Sainte-Hélène et Johannesbourg ont été admis à Paris et les 14 autres cas contacts du vol Johannesbourg-Amsterdam sont pris en charge dans différentes villes dont Marseille. Parmi eux, une habitante de Juan-les-Pins a été transférée mardi à l’IHU Méditerranée Infection, centre national de référence des maladies vectorielles.

Il ne s’agit donc pas d’un contact direct mais d’un « cas contact-contact ». Cette jeune femme, âgée d’une trentaine d’années, n’était pas sur le bateau où le foyer a été détecté mais aurait été en contact, comme 13 autres Français, avec le même avion que la croisiériste originaire des Pays-Bas, décédée depuis (elles ne se seraient même pas croisées). Aujourd’hui, cette patiente est isolée et, selon nos informations, ne présenterait aucun symptôme. Elle est hospitalisée en chambre de haute sécurité à pression négative où l’air est filtré.

Deux autres jeunes personnes, la vingtaine, sont également prises en charge à l’IHU, cas contacts de la personne transférée d’Antibes. Autrement dit : des « cas contact-contact-contact », placés en quarantaine renforcée afin d’évaluer complètement leur état de santé et de stopper la chaîne de transmission. Ces trois cas contacts ne seraient pas d’origine française mais d’Afrique du Sud. Toutes les précautions sont prises, même des « surmesures », pour éviter la propagation du virus sur notre sol alors qu’un premier cas positif français, une femme de plus de 65 ans, est dans un état très critique à l’hôpital Bichat.

À Marseille, les cas contacts ont été testés et les résultats devraient être rapidement connus. Tout se passe dans un laboratoire de niveau de protection maximale, type P3. Pour manipuler ces souches pathogènes potentiellement redoutables, les techniciens travaillent sous scaphandre. Dans le cas du virus des Andes, une transmission entre humains est possible lors de contacts étroits. Et rien n’indique que la souche du virus qui a fait trois morts aurait muté, a estimé hier l’Agence sanitaire de l’Union européenne.

« Nous sommes vigilants à l’évolution de la situation sanitaire. La capacité de l’IHU est limitée, nous ne pourrons pas confiner tous les cas suspects, prévient Kévin Bardy, délégué et représentant du personnel Sud Santé à l’IHU. Si le nombre venait à augmenter, il faudrait mettre en place une organisation pérenne avec l’AP-HM. Aucun soignant ne veut revivre le plan blanc du Covid. Surtout, nous voulons éviter la dissonance entre un discours du gouvernement rassurant et la réalité. A-t-on vraiment les moyens d’isoler tous les cas contacts ? Tous les établissements sont-ils équipés ? La réponse est non… ».

Si la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, écarte toute « circulation diffuse » du hantavirus sur le territoire, l’inquiétude se propage au personnel hospitalier. Entre réduction des moyens matériels et humains, Nicolas Sousse se dit inquiet. « Nous avons déjà dû mal à faire face aux crises saisonnières comme la grippe, comment pourra-t-on affronter ce virus ?, interroge le délégué syndical FO à l’AP-HM. Nous n’avons pas tiré toutes les leçons de la pandémie de Covid-19. Si l’AP-HM a prouvé qu’elle a une grande capacité réactionnelle, ça ne tient que sur un fil : la volonté des soignants au détriment de leurs conditions de travail. »

Pour Kader Benayed, secrétaire adjoint de Sud Santé 13, il faut plus d’anticipation et de communication. « Si on ne parle pas avec transparence, on crée une défiance et un affolement. Pour l’instant, on a l’impression qu’il ne se passe rien, les syndicats ne sont pas informés ni associés à la gestion de crise. Ça donne l’impression qu’ils jouent la montre et qu’on va se prendre un truc en pleine face. Sauf que l’hôpital public est rongé à l’os. On n’a plus d’endurance, la moindre épidémie nous met en saturation. »