Rentrez le bout-dehors, bordez la trinquette ou encore culez à droite, ces mots ne vous disent peut-être rien : pour Didier Lebrun et son équipage, ils prennent tout leur sens. Sur le Hope, un vieux gréement de 1943, ces Vendéens participent à Vilaine en fête. Tous les deux ans, la bande remonte la Vilaine aux côtés de presque 140 autres vieux bateaux. Marc Oziol, responsable de la communication de Vilaine en fête, tient à célébrer tous ces navires qui ont une âme .

Lire aussi : Sous les yeux d’un public conquis, les 141 navires de Vilaine en Fête ont jeté l’ancre à Redon

Dans nos ports d’attache, nous sommes des dinosaures. Vilaine en fête est une grosse réunion de copains qui partagent la même passion , sourit Didier Lebrun, chef de bord du Hope. Accoudé à une table au port de Tréhiguier, à Pénestin (Morbihan), où les bateaux font escale pour la pause déjeuner, mardi 12 mai 2026, il est régulièrement interrompu par des gens venus le saluer. Nous nous connaissons tous , assure le Vendéen de 72 ans, alors que sa voix peine à couvrir le son de la fête bretonne qui bat son plein derrière lui.

Une passion pour la navigation

La pause déjeuner est finie. Les six membres de l’équipage embarquent, direction La Roche-Bernard, laissant les spectateurs sur le quai. Didier, à la barre, distribue les instructions à Jean-Jacques, Patrick, Hubert, Patrice et Laurence, qui obtempèrent. Il ne faut pas discuter les ordres, sinon c’est la pagaille , explique Patrick Lefèvre, ancien marin de l’État, les yeux rivés sur l’horizon.

La bande de retraités exerçait différents métiers : professeur des écoles, informaticien ou encore cheminot. Ils ont en commun une passion pour la navigation. Avoir le pied marin est nécessaire pour participer à Vilaine en fête. On part dix jours, il faut un équipage confirmé , confie Didier Lebrun.

Une accalmie s’installe à bord. On discute, on somnole, on s’entraîne à faire des nœuds marins. Le vent tourne. Chacun se lève d’un coup et prend son poste. On tire, on hisse, on noue. La mer, ça conserve , rit le chef de bord.

Une joyeuse cacophonie

Le vieux gréement les a séduits. On veut le faire vivre, sinon il finira dans une vasière , déplore Didier. À l’année, le Hope, classé Monument historique, est amarré au port de Saint-Gilles-Croix-de-Vie (Vendée). Propriété de la mairie, son entretien et son usage sont laissés à l’association Suroit 85, dont font partie nos six marins. Au printemps, ils passent trois jours à chouchouter le vieux gréement pour préparer les futures sorties. Cette année, ils participent à quatorze manifestations. Jean-Jacques Bougerolles est ravi : On navigue pour une adhésion annuelle de 35 €.

Naviguer, c’est aussi manœuvrer. À l’écluse d’Arzal, le bateau se retrouve pris en sandwich entre deux, puis trois, puis jusqu’à quinze embarcations. Toutes doivent traverser ce couloir de treize mètres. Dans cette joyeuse cacophonie, on s’échange bonjour, blagues et sourires. L’écluse passée, le Hope finit par s’amarrer à La Roche-Bernard où son équipage dînera, dans l’ambiance festive qui l’attend à chaque port.

Samedi 16 mai, les bateaux reviendront à La Roche-Bernard pour finir l’édition en musique et avec des feux d’artifice, en compagnie des spectateurs. L’édition 2024 de Vilaine en fête avait attiré 45 000 curieux, selon Marc Oziol. Le Hope et les autres « dinosaures » repartiront pour leur port d’attache le lendemain matin.