Par

Jessie Leclerc

Publié le

16 mai 2026 à 16h08

Des centaines de victimes sur une dizaine de nuits, vitres de voitures explosées, vols en réunion, escroqueries… Tel est le carnage commis entre février et mars dernier dans l’agglomération rouennaise et dont sont accusés cinq jeunes âgés de 19 à 24 ans. L’ensemble des prévenus passait devant le tribunal judiciaire de Rouen (Seine-Maritime), mercredi 13 mai 2026, pour un jugement d’envergure. Au total, 140 faits reprochés.

Une série de vols à la roulotte en pleine nuit

Les faits s’étalent du 6 février au 12 mars 2026, dans plusieurs communes autour de Rouen, dont Bois-Guillaume, Sotteville-lès-Rouen, Franqueville-Saint-Pierre, Montigny ou Bihorel. Selon les éléments de l’enquête, les prévenus opéraient la nuit, parfois plusieurs heures d’affilée jusqu’au petit matin.

Au volant Stéphanie, 19 ans, amenait les voleurs à proximité des véhicules ciblés. Toujours selon le même procédé, les auteurs brisaient les vitres puis fouillaient les habitacles avant de repartir vers une autre commune. Un stratagème rapide qui leur a permis de faire jusqu’à 41 vols en une seule nuit.

Outre les objets dérobés dans les voitures, deux véhicules ont été volés ainsi que des cartes bancaires et des carnets de chèques, ensuite utilisés. La discrétion n’était d’ailleurs pas la force du groupe. Quatre d’entre eux ont été aperçus dans un kiosque à pizza après avoir payé avec une carte subtilisée le soir même.

Lors des perquisitions, plusieurs objets issus des vols, dont des lunettes de soleil et une tablette, ont été retrouvés chez certains des prévenus. Au total, plus d’une centaine de victimes ont été recensées.

« Du vandalisme gratuit » : la colère des victimes

Dans la salle d’audience, les témoignages dessinent un même constat : des dégâts importants pour un butin souvent dérisoire. Les plaignants évoquent des véhicules, jusqu’à trois voitures pour une même famille, immobilisés plusieurs jours, des journées de travail de perdues et des délais de réparations rallongés faute de disponibilités chez les garagistes. « Carglass et ses concurrents étaient débordés », souligne un sinistré.

Une Bois-Guillaumaise reste, aujourd’hui encore, dans l’incompréhension. « J’ai une vieille voiture, je ne vois pas l’intérêt. Comment peut-on agir de la sorte tout en étant assuré qu’il n’y aura rien à voler ? C’est du vandalisme gratuit, je trouve ça déplorable », souffle-t-elle en regardant les prévenus.

Mais les conséquences ne sont pas uniquement matérielles. Certains décrivent un sentiment d’insécurité. Un père de famille a ainsi expliqué que ses enfants de 6 et 9 ans faisaient des cauchemars depuis les faits. Et une étudiante en plein passage du CAPES a évoqué un véritable choc. « Financièrement j’ai de grosses difficultés alors ça, c’est un coup supplémentaire », s’inquiète-t-elle. Elle dit prendre des anxiolytiques depuis l’incident.

« Qu’est-ce qui pousse à faire ça ? »

Face aux prévenus, le tribunal s’interroge : « Qu’est-ce qui pousse cinq personnes à passer une partie de leur nuit à commettre des voles à la roulotte pour un butin si faible, mais un préjudice si important pour les victimes ? »

Certains reconnaissent leur participation, tout en assurant ne pas avoir mesuré les conséquences de leurs actes. Pour autant, aucun n’avoue avoir directement commis les vols et les dégradations. Sofiane, 21 ans, dit n’avoir que fait le guet et éclairé les voleurs et Stéphanie affirme n’avoir fait que conduire sans savoir pourquoi. « Vous avez une grande capacité à ne pas voir ce qui ne vous arrange pas, vous », ironise le juge à ce sujet. « Conduire, c’est participer », rappelle-t-il à la jeune femme que le procureur qualifie « d’idiote utile ».

Liam, 22 ans, de son côté, dit d’abord avoir ignoré les actions de ses amis. Il affirme les avoir conduits une fois puis n’avoir été que simple passager après avoir compris. « Ils étaient mes amis et j’avais envie d’être avec eux », défend-il.

Tous présentent leurs excuses. « Je ne pensais pas que ces gens pouvaient avoir tous ces dégâts-là, affirme Jordan, 24 ans, les yeux baissés. Je tiens à présenter mes excuses aux victimes. » « Je n’avais plus de travail depuis novembre, je me suis retrouvé chez ma mère. Je sais que ça n’excuse aucune chose, mais c’est ce qui m’a poussé à faire ce que je regrette énormément aujourd’hui », ajoute Sofiane.

Mathis, 20 ans, déjà condamné dans le passé se montre plus détaché. « Moi je veux juste m’excuser auprès des victimes. J’ai commis la conduite sans permis des deux véhicules volés, mais voilà sans plus », avance-t-il.

Chèques volés et argent retiré

Plusieurs chèques volés dans ces voitures ont été encaissés sur le compte de Stéphanie, dans trois banques différentes, pour plus de 1 000 euros avant d’être retirés en liquide. Selon la jeune femme, c’est Sofiane qui lui a donné ces chèques pour lui rembourser un collier qu’il lui avait volé. Elle dit avoir ignoré qu’ils étaient dérobés. Une justification qui peine à convaincre le tribunal. « En déposant ces chèques, vous signez votre culpabilité », souligne le président.

« L’effet de groupe »

Chacun dit avoir été influencé par l’effet de groupe, personne ne nomme de tête pensante. Pourtant, Mathis est décrit comme « l’instigateur » de ces actes, un « voleur professionnel », ce que conteste sa défense. « Il est condamné sur la base de son casier judiciaire. On justifie ces vols-là, car c’est un déjà un voleur connu », regrette son avocate.

Tous les prévenus étaient sans emploi et vivaient chez leurs parents au moment des faits. La plupart consomment régulièrement de l’alcool et des stupéfiants.

De la prison ferme

À l’issue de l’audience, le tribunal a prononcé des peines différenciées. Liam est condamné à la peine de 4 mois d’emprisonnement avec sursis et Stéphanie condamnée à 18 mois d’emprisonnement avec sursis également.

Pour les trois autres prévenus, déjà connus de la justice, c’est la double peine. Le sursis probatoire de leurs précédents délits est révoqué et s’ajoute donc à la peine énoncée pour ce dernier jugement. Au total, 16 mois de prison ferme pour Sofiane et Jordan. Mathis est celui qui reçoit la plus lourde peine : 38 mois ferme.

Des obligations sont également imposées, notamment l’indemnisation des victimes, l’interdiction de contact entre les coauteurs ainsi que des mesures de suivi pour l’accès à l’emploi et le traitement des addictions à l’alcool et aux drogues.

Le véhicule utilisé pour la commission des faits, celui de Stéphanie, est confisqué.

*Les prénoms ont été modifiés.

**Cette peine est susceptible d’appel. Tout justiciable demeure présumé innocent tant que toutes les voies de recours n’ont pas été épuisées.

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