« Cette exposition montre un autre Picasso. Non pas celui qui est peintre mais celui qui va croiser de nombreuses personnalités, des femmes et des hommes qui vont alimenter sa créativité dans des domaines tels que la céramique, la gravure, la linogravure ou la photographie », confie Jean-Christophe Hubert, commissaire de l’exposition « Pablo Picasso : destins croisés », qui se tient au château de Kerouzéré, à Sibiril, du 13 mai au 29 novembre.

Parmi les pièces qui valent le détour, cet ensemble de huit assiettes créées par Pablo Picasso. L’exposition de ces œuvres contemporaines contraste avec l’architecture médiévale du château.Parmi les pièces qui valent le détour, cet ensemble de huit assiettes créées par Pablo Picasso. L’exposition de ces œuvres contemporaines contraste avec l’architecture médiévale du château. (Le Télégramme/Monique Kéromnès)

80 pièces au total sont exposées sur les trois niveaux de cet édifice médiéval du XVe siècle. Un écrin qui offre un contraste intéressant entre œuvres contemporaines et architecture médiévale. L’an dernier, l’exposition consacrée à Léonard de Vinci avait attiré pas moins de 27 000 personnes.

Huit assiettes sur le thème de la tauromachie

Un focus important est fait sur la rencontre du peintre avec l’atelier Madoura, en 1947, à Vallauris (Alpes-Maritimes), où il vivait. Aux côtés de Suzanne Ramier, potière de l’atelier (certaines de ses créations sont visibles), mais aussi le céramiste Jules Agard et toute une équipe, Picasso va y créer ou transformer des objets utilitaires en œuvres d’art (près de 4 500 céramiques au total). Le tour de poterie sur lequel il a travaillé est d’ailleurs exposé. « Il a quasi 70 ans quand il se plonge dans cet atelier, pour apprendre. Il n’hésite pas à bousculer les techniques, à inventer, à expérimenter. On voit bien, sur une série de cruches peintes, qu’il a remodelé la matière, on détecte les traces de doigt. C’est fascinant. »

Il a quasi 70 ans quand il se plonge dans cet atelier, pour apprendre. Il n’hésite pas à bousculer les techniques, à inventer, à expérimenter.

Incontournable de l’expo : huit grandes assiettes sur le thème de la tauromachie et la corrida, qui disent beaucoup de l’artiste. « Il y a un hommage à ses racines espagnoles, lui qui ne pouvait plus vivre dans son pays à cause du franquisme. Mais il y a aussi le thème du Minotaure, auquel il se comparait. »

Dora Maar, Dali ou Miro

Avec l’exposition « Pablo Picasso : destins croisés », le visiteur va découvrir « les dessous des créations », le travail technique et les influences dans son travail en céramique mais aussi en photographie et autres techniques d’illustration. Les femmes qui ont marqué sa vie sont présentes, via des portraits de Jacqueline Roch et Dora Maar, réalisés en gravure et linogravure. À noter, la présence de deux dessins de cette dernière, réalisés dans l’atelier de Picasso, à l’époque de Guernica. Ses contemporains Miro et Dali sont aussi là, avec des céramiques et des carreaux peints.

« Il excelle dans tout »

« On estime à 120 000 le nombre d’œuvres créées par Pablo Picasso, tout au long de sa vie », explique Jean-Christophe Hubert. Une créativité « inouïe », sur environ 75 ans, sachant que Picasso est mort en 1973, à 91 ans, et nourrie par un besoin quasi viscéral d’apprendre, « de stimuler son esprit ». Et ce que l’on voit, « c’est qu’il excelle dans tout ».