Paul Le Digabel rentre tout juste d’une réunion de chantier. C’est le moment où tout ce qu’on a dessiné sort de terre. Cela se résume essentiellement à organiser les différents corps d’état, les actions, les plannings, détaille l’architecte à peine installé sur la terrasse bois de l’agence qu’il a construite au sud-est d’Angers (Maine-et-Loire).
Il y est entré le téléphone vissé à l’oreille. Un rendez-vous chasse l’autre. En 2025, son atelier p.l.d a fêté ses dix ans. Cocasse pour celui qui s’était juré, son HMNOP (habilitation à la maîtrise d’œuvre en son nom propre) en poche, de ne pas s’installer trop vite.
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Paul n’aime pas le terme de chef d’orchestre souvent utilisé pour définir son métier. Il préfère le côté maillage plus que pyramidal. Nous sommes un acteur parmi d’autres. Notre rôle, c’est de centraliser l’information, de l’analyser et de la rediffuser ».
Ce jeudi, maçons, charpentiers, menuisiers et maître d’ouvrage, autrement dit le client, ici un particulier, étaient réunis sur ce projet de rénovation dans le centre-ville d’Angers. Le chantier, c’est la partie qui se voit beaucoup, mais ce n’est pas l’essentiel du temps passé.
Trois phases
Son travail se scinde en trois étapes. D’abord, une phase de conception et de création, celle qu’on adore tous, qui est indissociable de notre mission et qu’on apprend essentiellement à l’école. Le professionnel, appelé maître d’œuvre, reçoit le client, identifie ses besoins, répond à une problématique. Le projet prend vie sous forme de plans et de maquettes, établis sur ordinateur ou sur papier, sans oublier le calque !
Il faut ici respecter les contraintes écologiques, thermiques, urbaines. D’une rue à une autre, on n’a pas le droit de construire de la même façon, insiste Paul, qui plonge très tôt dans les plans locaux d’urbanisme des communes, parfois dans les plans de prévention des risques ou les textes qui régissent les monuments historiques ou sites classés.
Jusqu’au permis de construire
Des allers-retours sont faits avec le client jusqu’à la phase d’obtention du permis de construire. L’architecte ne prend jamais de décision à la place du client, nous sommes là pour l’assister et le guider, défend le professionnel diplômé de l’école d’architecture de Normandie – l’une des vingt et une écoles publiques délivrant en cinq ans le diplôme d’État d’architecture.
Vient ensuite la phase de consultation où les clients nous voient un peu moins. Là, Paul élabore des documents techniques. Ils reprennent le modèle constructif, les types de matériaux, l’ingénierie, etc. Et nourriront les cahiers des charges transmis aux entreprises. À lui de les trouver et de fixer avec eux les prix. L’architecture, c’est de la co-construction, soutient celui qui cherche à satisfaire son client et à fidéliser des entreprises locales de qualité.
Cent mails par jour
La dernière étape est celle de la direction et l’exécution des marchés de travaux ». Il s’agit de veiller et de surveiller que tout se déroule bien, tant techniquement qu’en termes de délais. Paul fait alors une visite de chantier par semaine, avec des comptes rendus à l’appui. En cas de pépin, il faut trouver des solutions, et vite. Et c’est ainsi jusqu’à la réception du chantier.
Je suis quelqu’un de très organisé, mais mes journées sont essentiellement faites d’aléas ! Chef d’entreprise, Paul manage cinq personnes, reçoit plus de cent mails chaque jour, mais trouve encore le temps de se former pour rester à jour. Il y a des modes, l’art de vivre et l’esthétique évoluent, la technique et le cadre réglementaire aussi.
Lui se nourrit de photographies, de voyages, mais aussi d’histoire, de sociologie, d’ingénierie, d’art… L’architecture, ce n’est que l’accumulation d’autres disciplines !