«Les planètes sont alignées. » Y a-t-il une meilleure incarnation de cette expression qu’Allan Petre ? Souvenez-vous… Le jeune homme a grandi à Villemomble, en Seine-Saint-Denis, avec pour rêve de travailler à la Nasa. Après une réorientation, les réserves de certains enseignants qui l’ont découragé, de la persévérance et des sacrifices – jusqu’à quatre heures de transport par jour et un job le week-end –, il avait candidaté « à l’audace » auprès de la mythique agence spatiale américaine. Malgré une première réponse négative, faute de passeport américain, l’ambitieux avait insisté. Ses bonnes notes et son classement ont fait le reste et il avait été rappelé quelques semaines plus tard. Une prouesse rarissime : « Sur la totalité des employés de la Nasa, il y a très peu de Français, nous expliquait-il fin 2023, quelques jours avant de faire sa valise pour les États-Unis. Dans mon école, l’une des plus grandes de France, créée en 1946, un seul élève avant moi y est parti et y travaille encore. »
En janvier 2024, il est donc devenu « researcher » au Jet Propulsion Laboratory, le centre de recherche spatiale de la Nasa, à Pasadena, en Californie. Un poste qu’on pourrait traduire par « associé de recherche en ingénierie ». Initialement en contrat pour six mois, il y est resté un an et demi au total. Un rêve éveillé avec les palmiers et la douceur des couchers de soleil californiens en bonus. Au « JPL », l’un des dix centres de la Nasa, Allan a travaillé sur des missions confidentielles, notamment liées à la planète Vénus, avec un robot volant qui sera envoyé dans l’atmosphère de celle que l’on surnomme « l’Étoile du berger ». « C’est comme un satellite avec des panneaux solaires et une montgolfière par-dessus », simplifie-t-il pour nous. Une mission qui ne verra pas le jour avant 2030.

Devant une réplique de l’astromobile Perseverance, qui explore Mars depuis 2021, au Jet Propulsion Laboratory, centre de recherche spatiale de la Nasa, en 2024.
© Vincent Capman
À l’annonce du recrutement d’Allan, son histoire avait fait l’objet de nombreux articles de presse en France. Pour son arrivée à la Nasa, c’est une équipe de télévision qui a suivi le Frenchy. « Cela devait être la première fois pour eux qu’un petit nouveau arrivait avec les caméras pour son premier jour, se souvient-il. Certains membres de mon équipe avaient entendu parler de mon parcours et étaient assez impressionnés. D’autres non, et c’est normal, on est quand même à l’autre bout du monde. Tous étaient super contents de m’accueillir. Je sentais qu’ils avaient confiance en moi. » De la banlieue parisienne à la Nasa, de la Seine-Saint-Denis, département le plus pauvre de France, à la Californie… la trajectoire d’Allan est inspirante, preuve réconfortante que la méritocratie n’est pas qu’une illusion. Elle n’a d’ailleurs pas manqué d’être saluée par Emmanuel Macron.
Jamy ? Son idole
La notoriété du Frenchy de la Nasa ne s’arrête pas là et vient de prendre un coup d’accélérateur, à la vitesse de la lumière, puisque le jeune homme de 26 ans a été choisi pour être le visage d’une nouvelle émission de France 2, consacrée à la science. Son producteur, Jean-Louis Remilleux, tenait un beau concept mais n’avait pas encore trouvé de figure pour l’incarner. Son « Eurêka ! » lui est venu en tombant sur l’article que Paris Match consacrait à Allan Petre en décembre 2023. À défaut de combinaison spatiale, Allan va donc enfiler celle du présentateur télé. Le 19 mai, « Secrets de la science » fera son arrivée en prime time sur la chaîne du service public. « C’est un peu comme “Secrets d’histoire”, de Stéphane Bern, mais version science », résume celui qui a fait ses premiers essais télé depuis Los Angeles dès 2024. Parce qu’il est intarissable sur le spatial, à l’aise devant la caméra et a un sourire communicatif : les tests sont concluants.
Dans le documentaire de 90 minutes intitulé « Sommes-nous seuls dans l’Univers ? », Allan tentera de répondre à cette vaste et éternelle question, menant l’enquête sur le terrain aux côtés de chercheurs. À la narration, la voix grave et posée de Jean Reno, particulièrement touché par l’histoire du jeune homme. À quelques jours de la diffusion, Allan Petre a partagé son émotion : « Moi qui ai grandi avec Jamy [Gourmaud, visage de l’émission scientifique de France 3 “C’est pas sorcier”, NDLR] et avec les documentaires “Les mystères de l’Univers”, présenter cette émission signifie beaucoup. Franchement, je vais chialer, c’est incroyable ! » Si le rendez-vous est amené à devenir récurrent, ce ne sera pas pour lui déplaire. « J’ai envie de continuer tant que je le peux, de devenir le nouveau Jamy, plaisante-t-il. J’adore transmettre. Je le fais en allant dans les écoles, mais à la télé cela permet de toucher un plus large public. »
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Pour son doctorat, il a choisi Londres, car Trump a coupé les budgets de recherche
Allan Petre est sur orbite et compte bien y rester. À la rentrée prochaine, il va s’installer à Londres pour un doctorat au Imperial College London, une référence d’excellence universitaire. Il a déjà commencé le cursus à distance. L’envie de devenir chercheur est née à la Nasa, à force d’en côtoyer. Accepté dans de nombreuses écoles, il a préféré le sol européen à l’américain. D’une part, pour être plus proche des siens (Adélaïde, sa mère, lutte contre un cancer). D’autre part, parce que Donald Trump a coupé dans les budgets de la recherche : « Il est en guerre avec les grandes universités. Faire un doctorat aux États-Unis, c’est n’avoir aucune sécurité quant à son financement et à sa durée. On m’a dit que ça pouvait être cinq à six ans, c’est beaucoup trop long. »

À 8 ans, l’âge où naît sa vocation lors d’une sortie scolaire d’observation des étoiles
© DR
À Londres, il sera doctorant jusqu’en 2029 et va bûcher sur un sujet mêlant ingénierie spatiale et écologie : l’étude de la rentrée des débris spatiaux dans l’atmosphère. Le futur chercheur s’explique : « Il y a un peu trop de satellites en orbite basse. On essaye de dépolluer pour qu’il y ait moins de débris, moins de satellites afin de mieux voir le ciel et d’éviter les collisions. »
Dans cette folle aventure, Allan n’oublie pas qu’il a la vingtaine et sait se faire « des petits kifs de jeune ». L’année dernière, Canal+ l’a repéré sur les réseaux sociaux et lui a proposé d’être l’un des participants de la saison 2 de « Loups-garous », inspiré du célèbre jeu de société. Un mélange entre analyse du comportement humain et jeu d’acteur. « Depuis que je suis petit, j’en suis fan. Et j’avais adoré la saison 1 de l’adaptation télévisée, alors j’ai accepté. Ce n’était pas un jeu qui allait ternir mon image. »
Transmettre
L’année précédente, le Cnes, l’agence spatiale française, l’avait invité à assister, aux premières loges, au décollage inaugural du nouveau lanceur européen Ariane, à Kourou en Guyane. Un événement qui a une saveur particulière pour celui qui a passé trois ans en alternance chez Arianespace. « La dernière fois qu’on a eu un vol inaugural d’une fusée Ariane, c’était Ariane 5 en juin 1996. Je n’étais même pas né, remarque-t-il. Le Cnes souhaitait que je couvre l’événement sur les réseaux sociaux pour que les jeunes voient ce qu’on sait faire en Europe. On parle beaucoup de SpaceX d’Elon Musk, mais en Europe on est très forts aussi. » En maître de la communication, il propose alors de marquer le coup en embarquant dans l’aventure Michou, l’un des youtubeurs les plus suivis et les plus identifiés par la jeunesse. Ce duo insolite a partagé quotidiennement son périple entre le site de la Nasa en Californie et celui de la Guyane.

Avec sa mère, Adélaïde, chez eux à Nanteuil-lès-Meaux (Seine-et-Marne), en décembre 2023, alors qu’il vient d’être recruté par la Nasa.
© Vincent Capman
Allan n’oublie pas non plus un fil rouge, essentiel à ses yeux : la transmission. Avant son départ pour les États-Unis, il avait fait le tour des écoles afin de raconter en personne son itinéraire, désireux de passer aux élèves un message essentiel : tentez votre chance, aucune vocation n’est trop grande… Il sait mieux que quiconque qu’une rencontre, une sortie, une œuvre, peut bousculer la vie d’un écolier et créer des vocations.
La sienne est née vers l’âge de 8 ans, au cours d’une sortie scolaire d’observation des étoiles organisée par des instituteurs. Voir Jupiter au télescope, de ses propres yeux, a été un déclic pour le gamin de Villemomble, qui dès lors s’est passionné pour l’astronomie. Il a poursuivi cet engagement et a fait plus d’une centaine de visites dans les écoles, collèges, lycées. « Je pense vraiment qu’il n’y a rien de mieux qu’aider les autres. Surtout des jeunes dans le besoin. Je suis là pour leur dire que c’est possible. » A-t-il suscité des vocations avec ses interventions ? « Si ça a pu aider, ne serait-ce qu’un élève, pour moi c’est réussi », dit-il. Avec des étoiles dans les yeux.