l’essentiel
Une rixe familiale a éclaté au centre commercial de Souillac, transformant un simple samedi d’achats en scène de chaos. Trois ans plus tard, le tribunal de Cahors a sanctionné les quatre protagonistes pour violences en réunion.
Le 27 mai 2023, un supermarché à Souillac, 3 500 habitants, devient le théâtre d’une rixe en trois actes impliquant deux familles aux relations déjà envenimées. Trois ans plus tard, ce vendredi 15 mai, quatre prévenus et quatre victimes ont comparu devant le tribunal correctionnel de Cahors pour violences commises en réunion.
Une bagarre en trois actes
Tout commence dans un rayon. Séverine* aperçoit Clara*, 16 ans, en train de faire ses courses avec sa sœur et une amie. Entre les deux familles, un contentieux préexiste, la fille de Séverine et Clara se sont accusées mutuellement de harcèlement scolaire. Ce jour-là, les regards s’accrochent. Clara finit par interpeller la femme : « Vous avez un problème ? » Ce qui s’ensuit est décrit par tous les témoins de la scène comme une montée en pression rapide. Séverine s’approche, crie, invective la jeune fille sur ses origines : « Sale Gitane. » Son compagnon, Didier*, arrive et se poste à quelques centimètres de la jeune fille. Quand Clara saisit son téléphone pour appeler sa mère, l’homme lui frappe la pommette droite. Ses lunettes tombent. Séverine la griffe aux avant-bras dans la confusion. Clara témoigne à la barre avec précision la scène et souligne avoir été « choquée et stressée ».
Alertée par sa fille, Patricia* débarque dans le magasin. Elle voit Clara, les bras griffés, la pommette rouge. Elle affronte le couple. Le ton monte. Au cœur de la confusion, la scène prend une tournure presque surréaliste. Patricia saisit un paquet d’œufs dans son chariot et le projette en direction de Séverine. Cette dernière, à bout, tente alors de riposter avec ce qu’elle a sous la main : « Elle me jetait des œufs alors j’ai pris la baguette de pain dans mon chariot pour me défendre. » L’agent de sécurité s’interpose avant que la situation ne dégénère davantage. Des chariots sont poussés, des essuie-tout volent. Patricia repart avec des ecchymoses au tibia gauche et des cervicalgies. La défense contestera la cohérence de ces blessures avec les circonstances décrites.
Patrick*, le père, est prévenu par téléphone. Il fonce au supermarché, bouscule l’agent de sécurité pour entrer de force et tombe sur Didier. Un coup de poing est porté au visage, capté par les caméras du supermarché. Didier chute, perd ses lunettes, souffre d’une contusion à la mandibule, trois jours d’ITT. Dans le même temps, la fille de Patricia, Isabelle*, majeure, s’en prend directement à Séverine : elle la tire par les cheveux, la fait tomber au sol, lui décoche un coup de pied alors qu’elle est à terre et se protège le visage, puis continue de frapper pour, dit-elle, protéger sa mère. Séverine finit en crise de nerfs, emmenée par les pompiers. Son certificat médical retient cinq jours d’ITT.
À la barre : des versions qui s’affrontent
À l’audience, Séverine admet volontiers qu’elle peut être impulsive, qu’elle hausse facilement la voix. Didier reconnaît avoir touché le bras de la jeune fille, mais nie le coup à la pommette. Patrick explique qu’il était paniqué, qu’il voulait protéger sa fille. Isabelle reconnaît les coups, mais les justifie comme une réaction pour défendre sa mère.
La procureure ne cache pas son exaspération : « La violence n’a jamais rien résolu. Et dans ce pays, on semble ne plus savoir faire autrement. Qu’une gamine de 16 ans ait le droit de faire ses courses sans être embêtée, ce n’est pas trop demander. »
L’avocate de la famille de Séverine, Maître Sonia Hadot, tente de retourner la situation, pointant la solidarité familiale des autres prévenus et contestant la solidité de certains certificats médicaux. L’avocate de Clara et Patricia, Maître Catherine Pedoussaut, répond sèchement : « Les seuls casiers avec des condamnations pour violence dans ce dossier, ce sont ceux de Didier et Séverine. Pas les miens. »
Le tribunal déclare Séverine coupable de violences volontaires sur Clara et la condamne à 200 euros d’amende et à un stage de citoyenneté. Didier est reconnu coupable de violences en réunion sur la même victime : 300 euros d’amende et stage de citoyenneté. Patrick est condamné à 200 euros d’amende pour violence contraventionnelle sur Didier. Isabelle écope de 800 euros d’amende pour le même motif.
* Les prénoms ont été modifiés.