Par
Léa Mosco
Publié le
17 mai 2026 à 8h12
L’histoire commence par une perquisition dans le cadre d’une enquête sur un trafic de protoxyde d’azote. Les forces de l’ordre se rendent au domicile de Morgane*, la gérante de Fresh Market à Roubaix (Nord). En fouillant son appartement, les policiers font une découverte stupéfiante : dans la chambre se trouve un serval, un félin sauvage originaire d’Afrique. C’est pour ce colocataire inattendu que la jeune femme s’est retrouvée devant le tribunal de Lille vendredi 15 mai 2026, pour détention non autorisée d’un animal d’espèce non domestique.
« Vous achetez 1 500 euros un chat et vous n’allez pas au vétérinaire ? »
L’audience a rapidement pris une tournure surréaliste lorsque le tribunal s’est penché sur les explications de la prévenue. L’enquête a permis de retrouver une photo de l’animal datée du 22 août 2024, jour de son achat auprès d’un vendeur de félins, pour la coquette somme de 1 500 euros.
« Vous ne saviez pas que c’était une espèce protégée ? », l’interroge le tribunal. La jeune femme assure que non, et va même plus loin : elle affirme ne s’être jamais aperçue qu’il s’agissait d’un animal sauvage.
Le procureur, dubitatif, tente de la mettre face à ses contradictions.
Vous vous rendez bien compte que ce n’est pas un chat ! Sinon vous l’auriez fait tatouer, vous auriez fait des visites de contrôle… Vous achetez un chat 1 500 euros et vous n’allez pas au vétérinaire ?
Procureur de la République
La prévenue affirme également ne s’être rendue compte qu’elle avait un serval chez elle qu’au moment de la perquisition de son domicile.
Un frère qui avait déjà eu un serval
Une défense qui a bien du mal à passer du côté du ministère public. D’autant que le tribunal souligne un fait troublant : « On retrouve souvent ceux qui font du trafic en possession d’animaux exotiques. »
Et pour cause, Morgane est impliquée dans une histoire de trafic de protoxyde d’azote dans son magasin Fresh Market dont elle est gérante et pour lequel a également comparu devant le tribunal de Lille.
Pour le parquet, l’ignorance de la prévenue ne tient pas la route une seule seconde. En effet, le propre frère de la jeune femme a lui-même déjà possédé un serval par le passé. « Madame sait donc très bien ce qu’est un serval et comment le comparer avec un chat », cingle le procureur.
Face à ce qu’il considère comme une mauvaise foi évidente, le parquet a requis : deux mois d’emprisonnement avec sursis simple, la confiscation définitive de l’animal (déjà remis à l’association spécialisée Tonga terre d’accueil), et une amende de 2 066 euros, correspondant très exactement à la facture du déplacement pour transférer l’animal de l’appartement roubaisien jusqu’aux locaux de l’association.
« Il est légitime de se tromper »
Du côté de la défense, l’avocate de Morgane tente d’arrondir les angles et de maintenir la thèse de la bonne foi. Selon elle, la jeune femme a accueilli l’animal lorsqu’il était tout petit.
Il est légitime de se tromper quand on le voit petit, car le caractère est similaire à celui d’un chaton.
Avocate de la défense
Elle insiste surtout sur les conditions de vie du félin : l’animal avait tout le nécessaire pour bien vivre chez la prévenue, elle en a pris grand soin et il n’a subi aucune maltraitance. L’avocat conclut en réaffirmant que sa cliente ignorait véritablement la nature sauvage de son animal de compagnie avant d’être auditionnée par la police.
Le tribunal a mis sa décision en délibéré et rendra sa décision le 28 mai prochain.
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