Publié le17/05/2026 à 06h50
Temps de lecture : 3 min
Ce 16 mai, Coralie a perdu son compagnon, Mathieu, atteint d’une tumeur cérébrale. La veille, elle prenait la parole pour alerter sur cette maladie. Chaque année, 6 000 Français découvrent qu’ils sont atteints d’une tumeur cérébrale. Coralie se bat aujourd’hui pour dénoncer le surplace de la recherche médicale.
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Nous avions rencontré Coralie la veille du décès de son compagnon. Mathieu est mort ce samedi 16 mai. Elle a tenu à ce que son témoignage soit publié, le voici.
Entre deux rendez-vous médicaux, Coralie se replonge dans ces derniers moments traversés avec son compagnon. Mathieu Dumont, 32 ans, apprend en mai 2025 qu’il souffre d’un gliome infiltrant du tronc cérébral. Une tumeur cérébrale dans le langage commun. C’est leur monde qui s’effondre.
Déjà six ans qu’ils vivent ensemble. Ces Côte-d’Oriens voyagent, profitent de la vie, fourmillent des projets. Avant que le diagnostic anéantisse toute projection vers l’avenir. Mathieu, lui, est sportif. Ski, padel, cyclisme.. Toujours en mouvement, cet inspecteur technique passe son temps sur la route.
« Il adore conduire, avant notre vie c’était vraiment les voyages aux quatre coins de la France. Jusqu’à ce que tout s’arrête, comme ça du jour au lendemain. On ne saura jamais si c’est lié, mais il avait eu un accrochage en voiture en mars 2025. C’étaient certainement les premiers signes visibles de la maladie », retrace Coralie Charguerot.
Confusion mentale, crises épileptiques, pertes de mémoire, vomissements. La tumeur cérébrale grignote rapidement du terrain. Les premiers temps, alors que Mathieu ne cesse de consulter, on lui répond que l’épidémie de gastro-entérite est sévère cette année-là. Puis la réalité les rattrape. Alors qu’ils s’apprêtent à filer en Italie, énième admission dans un hôpital lyonnais. Le soir même, on lui découvre une masse au niveau du cerveau. Mathieu est opéré quelques jours après en urgence.

En mai 2025, une tumeur cérébrale a été diagnostiquée à Mathieu Dumont, 32 ans.
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© Coralie Charguerot – collection personnelle
Plus de 4 heures 30 d’intervention chirurgicale, qui permettent de retirer 40 % de la tumeur. Impossible d’enlever le restant vu la localisation. Trop proche du nerf optique. Le Côte-d’Orien tombe plusieurs jours dans le coma. Après avoir repris conscience, il est ensuite suivi au Centre Georges-François Leclerc (Dijon), spécialisé dans la lutte contre le cancer. Le début d’un parcours de combattant, pour le trentenaire qui lutte inlassablement. « Il n’a jamais baissé les bras », admire Coralie.
Mathieu commence à oublier. Pas elle. Bien sûr, elle n’est pas malade. Mais sa position n’est pas plus enviable. Mathieu ne peut plus conduire, les dialogues se compliquent. Les traitements incessants. Les examens, les suivis médicaux chez différents spécialistes, les hospitalisations à répétition. Au total, six mois de chimiothérapie et six semaines de radiothérapie. « Une thérapie ciblée en intraveineuse. »
Mathieu ne voit plus rien sur le côté gauche, au niveau des deux yeux. Il se déplace avec une canne ou en fauteuil roulant. Le cerveau dirige tout en réalité, le quotidien change totalement, malgré que ça soit une maladie invisible.
Sa compagne est consciente de l’évolution de son état. Elle se renseigne, cherche à comprendre. Mais comment concevoir qu’un homme en pleine possession de ses moyens puisse si rapidement s’effondrer ? Il existe plus de 150 types de tumeur cérébrale. Est-ce génétique ? « C’est ce qui est très frustrant, on n’explique pas tout. Mathieu a passé des tests, mais ce n’est pas l’origine. » Et pour comprendre, il faut chercher. Sauf que les avancées médicales sont insuffisantes dans ce domaine.
Juste avant notre échange téléphonique, Coralie assiste à une téléconsultation avec l’un des médecins qui suit son conjoint. « Il m’a réexpliqué que c’est une maladie rare et agressive. Il n’opère qu’un ou deux jeunes adultes du même âge que Mathieu, chaque année. Ce ne sera peut-être pas pour lui, mais il faut que la recherche avance. Il n’y a pas eu d’avancée sur les cancers cérébraux depuis plus de 30 ans », déplore la jeune femme. La faute, selon elle, à un manque de financement et de visibilité à large échelle.
Chaque année, près de 6 000 cas de tumeurs cérébrales sont diagnostiquées en France. Une opération de sensibilisation existe d’ailleurs, sans connaître le même écho qu’Octobre Rose. Le mouvement Mai en Gris met l’accent sur la situation des malades, encore mal comprise. « On a mis plus de huit mois à obtenir la carte handicapé, alors que ça a entièrement changé toute notre vie. »
Depuis une dizaine de jours, Mathieu est hospitalisé en soins palliatifs dans l’unité dite « la Mirandière » basée à Quetigny. Comme toujours, Coralie est à ses côtés. Consciente de l’issue irréversible… « Moi, je sais que sa maladie est incurable. Lui ? Il n’a jamais voulu poser la question de la médiane de survie, qui est fixée à 12-13 mois pour les glioblastomes. » Un terme scientifique qui désigne la période suivant le diagnostic, durant laquelle la moitié des patients vivront et pas l’autre.

Un an seulement après le diagnostic, Mathieu ne peut plus se déplacer autrement qu’en fauteuil roulant.
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© Coralie Charguerot – collection personnelle
Mathieu a donné son aval pour que Coralie médiatise son combat. « Je commence à être en colère, car je ne suis pas certaine qu’il reste avec nous encore longtemps. Si les choses avançaient plus vite, on aurait peut-être eu plus de chances. »
Le témoignage de Coralie date du 15 mai, un jour avant le décès de Mathieu.