Alors que d’ordinaire, le cancer est capable d’atteindre n’importe quelle partie du corps, le cœur semble très épargné. Comment ceci est-il possible ? Dans le cadre d’une récente étude, des chercheurs italiens indiquent avoir fait une découverte importante permettant d’expliquer ce fait admis.
Un organe peu touché, malgré une forte vascularisation
Depuis très longtemps, la communauté médicale ne parvient pas à répondre à la question suivante : pourquoi les cancers du cœur sont-ils si rares, alors que ce type de maladie est habituellement capable d’atteindre n’importe quel organe de notre corps, en particulier ceux essentiels à notre survie ? Selon des travaux publiés dans le Journal of the American Heart Association en 2020, seulement 1% des autopsies révèlent des tumeurs au niveau du cœur. Par ailleurs, seulement 10% des cancers débutant dans d’autres organes finissent par atteindre le cœur.
Une étude pilotée par le Laboratoire de biologie cardiovasculaire du Centre international de génie génétique et de biotechnologie (ICGEB) à Trieste (Italie) a révélé une découverte pouvant expliquer ce phénomène. Ces travaux ont fait l’objet d’une publication dans la revue Science le 23 avril 2026.
« Le cœur est rarement touché par le cancer ; les tumeurs cardiaques primitives et les métastases sont rares malgré la forte vascularisation du myocarde. Les mécanismes sous-jacents à cette résistance restent encore mal compris. », peut-on lire dans l’étude.
L’élément clé : les battements du cœur
Rappelons que le cœur des mammifères est incapable de régénérer ses cellules, celles-ci cessant de se diviser peu après la naissance. Afin de déterminer si cette observation pouvait être associée à l’incapacité des cellules tumorales à se développer dans le cœur, les chercheurs de l’étude ont utilisé des souris. Les animaux ont été modifié génétiquement, afin de rendre une de leurs cavités cardiaques non fonctionnelle.
Ensuite, ces derniers ont reçu le cœur d’un donneur que les chercheurs ont relié au système circulatoire afin de prendre le relai de la cavité cardiaque « désactivée ». En revanche, ce second cœur était soumis à un stress mécanique moindre que le premier cœur – le « cœur natif ». Finalement, les auteurs de l’étude ont injecté des cellules cancéreuses dans les deux cœurs.
L’analyse a révélé que la maladie s’était propagée dans la plupart des cellules des cœurs transplantés et ce, en seulement deux semaines. Dans le même laps de temps, le cancer a rarement envahi plus de 20% du tissu au sein des cœurs natifs. Selon les chercheurs, ceci résulte directement des battements cardiaques. En utilisant des tissus cardiaques artificiels fabriqués à partir de cellules de rat, les scientifiques ont prouvé que les cellules cancéreuses se développent mieux dans un tissu artificiel battant comme un cœur normal, que dans un tissu immobile.
Crédit : Nopphon Pattanasri / iStock
Un frein naturel à la croissance des tumeurs cancéreuses
Ces résultats montrent donc que les pulsations cardiaques ne sont peut-être pas qu’une simple fonction physiologique, puisque ces dernières pourraient agir comme un frein naturel à la croissance tumorale. Autrement dit, l’environnement cardiaque est défavorable aux cellules cancéreuses, pas seulement pour des raisons immunologiques ou métaboliques mais aussi parce que son activité mécanique limite physiquement leur prolifération.
De plus, les auteurs de l’étude ont également découvert que le stress mécanique favorisait l’expression d’une protéine dans les cellules cancéreuses – la Nesprine-2 – capable de modifier l’ADN en réponse à un facteur externe. Il s’agit ici d’un mécanisme épigénétique. Lorsque les chercheurs ont inhibé la protéine dans les cellules cancéreuses, celles-ci ont réussi à se propager dans un cœur battant normalement.
Désormais, les scientifiques tentent de savoir s’il est possible de reproduire les forces mécaniques exercées sur le cœur dans d’autres parties du corps – comme la peau et les seins – afin d’y prévenir la croissance des tumeurs cancéreuses. Les auteurs essayent également de savoir si les maladies exerçant une pression supplémentaire sur le cœur – comme l’hypertension artérielle – sont capables ou non de protéger cet organe du cancer.