La fin d’un cycle annonce le début d’un nouveau chapitre. Portée par cette croyance, Sophie Ferjani fait évoluer son adresse marseillaise. Installée rue de la République depuis 2017, l’architecte d’intérieur a profondément transformé sa boutique La Sélection.
« La pandémie a ouvert la porte à la consommation en ligne, observe-t-elle. Aujourd’hui, le commerce de proximité en souffre. C’était le moment de se repenser. » Dans le même temps, son offre généreuse avec plus de 10 000 références et une centaine de fournisseurs en boutique a brouillé son positionnement. « Les clients venaient pour des petits objets », déplore la Marseillaise de cœur.
Le mobilier prend toute sa place dans la boutique désormais. / PHOTO GILLES BADER
Ce modèle, « très riche » et « énergivore » l’a rendue « heureuse » mais l’a éloignée de son cœur de métier : « Mon rôle, c’est de penser un espace et d’accompagner un projet jusqu’au choix du mobilier ». Puis le ralentissement de l’activité depuis deux ans a servi de déclencheur.
En revanche, l’entrepreneuse assure n’avoir jamais souffert d’un manque de fréquentation. « On me disait que le lieu était magnifique. Les gens prenaient le temps, visitaient, un peu comme un musée, mais ça ne se traduisait pas forcément en achats », déclare-t-elle. Désormais, il y a moins de références et de petits accessoires, mais plus de cohérence : « Je suis passée d’un concept store avec un peu de tout à un showroom de mobilier et de décoration. »
L’un des objectifs de ce repositionnement est d’accorder davantage de temps aux clients dans la recherche de leurs meubles et de leur décoration. / PHOTO GILLES BADER
Derrière cette évolution se dessine une autre vision du commerce. « Une boutique ne joue plus le même rôle qu’il y a dix ans… Les clients viennent valider en magasin ce qu’ils ont vu en ligne avant d’acheter sur internet », observe Sophie Ferjani. Un modèle qui fragilise les indépendants. La décoratrice fait le choix du sur-mesure, sans stock et avec des délais plus longs : « Je m’adresse à des clients qui recherchent du conseil et de la cohérence, pas du prêt-à-emporter. »
« J’aime toujours autant la rue de La République »
Fidèle à ses convictions, la spécialiste de l’aménagement d’intérieur reste profondément attachée à la rue de La République qu’elle a délibérément choisie. « Personne n’a vraiment dit de gentillesse sur cette rue, qui est pourtant l’une des plus importantes de Marseille. On ne l’a pas suffisamment fait rayonner. Moi je l’aime, je l’ai choisie pour son architecture, son accessibilité, son histoire, martèle-t-elle. Il y a davantage de commerces ainsi que de nouvelles initiatives. Ça avance, à son rythme ! »
La rue de La République séduit toujours autant l’architecte d’intérieur. / PHOTO GILLES BADER
Sans céder au pessimisme, elle livre sa perception : « Dans la tête des gens, ce n’est pas le centre-ville, on est un peu les oubliés. » Pas de fatalisme pour autant. Sophie Ferjani préfère insister sur la dynamique en cours : « Marseille est une ville lente, mais les choses finissent par se construire. Le positif attire le positif, si on ne parle que de ce qui ne va pas, les gens ne viennent pas. C’est évident, mais ce n’est pas ma vision de la vie ! »
Avec le rachat, au mois d’avril 2026, de 129 cellules commerciales dans la rue et les alentours par la société lyonnaise Régie du commerce, l’avenir apparaît « très ensoleilé » pour Sophie Ferjani. « Je suis très heureuse de ce nouveau bailleur. Je ne connais pas personnellement ses membres, il me reste à les rencontrer mais selon mes sources ce sont des personnes humaines. Il ne s’agit plus d’un groupement d’investisseurs, donc c’est très rassurant. Ils ont des idées… C’est ce qu’il fallait à la ville et à cette rue. Les commerçants ne peuvent que se réjouir de leur arrivée », conclut-elle.
Reboostée comme jamais, la cheffe d’entreprise embrasse ce nouveau repositionnement avec une énergie contagieuse.