Lui qui avait été Césarisé pour Ne le dis à personne signe son film le plus noir, porté par l’interprétation saisissante du duo Mario Cotillard-Denis Ménochet, associés pour la première fois à l’écran

Après le transparent Lui et un Astérix qui malgré ses 4,6 millions d’entrées lui a surtout valu une volée de bois vert critique, Guillaume Canet jouait forcément gros avec Karma. Pas un quitte ou double mais presque. Et, bien que ce ne soit pas le cas au sein de Première où Karma divise fortement, les premières réactions semblent montrer qu’il est en passe de réussir son pari pour son retour au thriller (genre qui lui a valu le César du réalisateur pour Ne le dis à personne) avec son film le plus noir, plongée à rebondissements (que nous ne vous spoilerons évidemment pas) dans l’univers des dérives sectaires

Son héroïne est une Française exilée en Espagne dont on comprend assez vite, notamment par ces rasades d’alcool qu’elle boit en cachette, que quelque chose ne tourne pas rond chez elle. Une incapacité à chasser de sa mémoire un passé traumatisant qui va très vite la rattraper, comme on va le découvrir au fil de 2h30 pensées comme un page turner, même si Canet ne succombe pas à l’obsession de l’efficacité. La durée est ici pour lui un moyen de prendre le temps d’installer son intrigue et de creuser ses personnages pour que la violence qui va se déployer au fil du récit ne soit jamais gratuite mais suscite des émotions plurielles, au-delà de l’effroi et du dégoût

Marion Cotilard dans Karma, le nouveau thriller de Guillaume Canet

Pathé

 

Avec Karma, Canet a quasiment tout changé, du sol au plafond. Nouveau co-producteur et co-scénariste avec Simon Jacquet, connu jusqu’ici come monteur (Mon roi, Le Grand bain, L’Amour ouf…). Nouveau chef opérateur avec Benoît Debie, le complice de longue date de Gaspar Noe, qui a la lourde charge de créer cette atmosphère oppressante et de plus en plus irrespirable, constituant un personnage à part entière du récit. Mais, au milieu de ce reset, un élément reste intact. La place que Canet laisse à ses comédiens, plus souvent qu’à leur tour sacrifiés dans certains thrillers au nom de l’efficacité du récit ou de la volonté d’une démonstration de force du metteur en scène. L’inverse du geste de Canet qui a écrit ce film pour Marion Cotillard qu’il a évidemment déjà dirigée mais jamais dans un rôle aussi fort et complexe qui prend en charge le suspense et les rebondissements du récit.

Et on a beau y être habitué, on reste à chaque fois saisi par sa manière de se donner corps et âme à un rôle. A incarner au sens premier du terme ses personnages, comme si sa vie en dépendait, sans crainte de tutoyer l’extrême dans les cris, les larmes, la rage. Un lâcher prise total, sans peur du ridicule, et dans une générosité permanente avec ses partenaires, les différents enfants, l’espagnol Leonardo Sbaraglia (qu’on retrouvera cette semaine en héros du nouveau Almodovar, Autofiction) et l’immense Denis Ménochet, dans une composition physique totalement dingue. Lui et Marion Cotillard n’avaient jamais tourné ensemble. Et un seul film, ils rattrapent le temps perdu, dans un mariage parfait d’instinct et de grande technicité. Contrairement au film, ils feront l’unanimité. Même à Première.

De Guillaume Canet. Avec Marion Cotillard, Denis Ménochet, Leonardo Sbaraglia… Durée: 2h29. Sortie le 21 octobre 2026