Installé à Peyriac-de-Mer, le distributeur, producteur et réalisateur Francis Fourcou poursuit son exploration du cinéma engagé. Après avoir diffusé le film « Bogre » au CGR de Narbonne, il s’apprête à sortir son septième long-métrage, consacré au voyage méconnu de Jean Jaurès en Amérique latine en 1911, une plongée dans la pensée visionnaire d’un humaniste plus actuel que jamais.

Distributeur et producteur de films, Francis Fourcou distribue depuis un an dans les salles de cinéma un film italien de Fredo Valla, « Bogre », présenté cet hiver au CGR de Narbonne. Après six longs métrages depuis 1997, le réalisateur a achevé le septième, dont la sortie est prévue à la fin de l’année : « Le voyage de Jean Jaurès en Amérique ».

Invité par les camarades argentins

« En se rendant en Amérique latine en 1911, Jean Jaurès répondait à l’amitié de ses camarades argentins. Il voulait solidairement participer à l’organisation du socialisme latino-américain. Il espérait aussi, avec les recettes de ses conférences américaines, renflouer l’Humanité, son journal. Il voulait s’informer sur la réalité d’un nouveau monde en pleine croissance. Car, à part un court voyage à Alger en 1895, qui forgea sa conviction anticolonialiste, il n’a pas quitté le continent européen, où il a participé aux congrès de l’Internationale socialiste », détaille Francis Fourcou.

Année après année, a émergé la stature d’un grand tribun, d’un philosophe, d’un humaniste et d’un pacifiste apprécié. « Il voulait encourager l’action militante de ses camarades argentins, uruguayens et brésiliens. Il a donné là-bas de très nombreuses conférences qui, 100 ans plus tard, ont un éclairage particulier sur l’actualité : il traitait des relations internationales et interculturelles, du progrès social dans les mutations économiques, des migrations. »

Francis Fourcou a retracé ce périple grâce à l’abondante correspondance échangée avec Louise, l’épouse de Jean Jaurès. Étonnamment, ce voyage en Amérique latine est largement méconnu.

« Les huit conférences de Buenos Aires ont été publiées en espagnol, souligne Francis Fourcou. Jaurès y inscrit sa pensée politique dans la politique sociale en Europe, la question de l’immigration, l’organisation militaire de la France, le rôle de la Révolution française dans l’apparition de la démocratie. Le socialisme universel, pour lui, est nécessaire dans ces temps de bouleversements où les migrations ont construit une Amérique latine nouvelle. Jaurès débarque dans ce Sud-Américain où les peuples autochtones ont été décimés après des siècles de douloureuse conquête espagnole et portugaise. »

Un humaniste et un visionnaire

Francis Fourcou avait déjà travaillé sur la personnalité de Jaurès sans pouvoir concrétiser le projet. « J’ai toujours réfléchi à l’histoire qu’on pourrait raconter sur Jaurès. C’est un humaniste, un homme pour qui la question sociale est essentielle et un fervent partisan de la coopération. Il y a quelque chose de profondément attachant. Il dit : « Il faut pouvoir détacher les salariés de la question du travail en les mettant coopérateurs, propriétaires des moyens de production ». C’est fascinant, ça a vraiment un écho particulier aujourd’hui. »

Jean Jaurès avait une vision très claire de ce qu’allait être la guerre de 1914 : « Mais on pourrait dire, avec l’Ukraine et la Russie, que les guerres asymétriques qu’on voit aujourd’hui continuent à exister. De ce point de vue-là, c’est un visionnaire. Et puis, son immense culture ! C’est un journaliste, un philosophe, un historien, un critique littéraire. Il y a beaucoup de raisons pour lesquelles on peut en faire une figure centrale aujourd’hui ». Avec des aspects méconnus que Francis Fourcou contribue à dévoiler.