Invitée, dimanche, du « Grand Jury RTL-Le Figaro-Public Sénat », Laure Beccuau s’est exprimée en toute liberté sur ces dossiers brûlants.

«Je ne vois pas trop comment il peut y avoir un droit à l’oubli pour une victime qui, elle, n’oublie jamais». La procureure de la République de Paris, Laure Beccuau, n’est pas une magistrate en proie à l’angélisme. Au bout de quinze minutes d’interview au « Grand Jury RTL-Le Figaro-Public Sénat » ce dimanche, abordant la question des plaintes pour violences sexuelles contre le chanteur Patrick Bruel, elle donnait vraiment le ton de cet entretien qui constitue en soi un petit événement. Le parquet de Paris a en effet décidé de communiquer plus en détail et plus souvent.

Toutes les plaintes concernant Patrick Bruel «seront regroupées au parquet de Nanterre compétent, en raison du domicile du mis en cause» , visé par au moins quatre plaintes «en région parisienne», a déclaré la procureure. Sans compter celle annoncée par l’animatrice Flavie Flament, déposée auprès du doyen des juges d’instruction à Paris mais que le parquet ne s’est pas encore vu formellement notifier.


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Dans un tout autre dossier, celui des violences sexuelles présumées dans le périscolaire, la cheffe du parquet de Paris assure que les enquêtes ouvertes concernent déjà un total de «84 écoles maternelles, une vingtaine d’élémentaires et une dizaine de crèches».

Une dizaine de nouvelles plaintes dans l’affaire Bruel

Concernant le dossier Jeffrey Epstein, du nom du milliardaire américain qui s’est suicidé en prison aux États-Unis, après avoir été condamné pour crimes sexuels, et qui avait tissé un réseau jusqu’en Europe, la procureur Beccuau annonce qu’«une dizaine» de nouvelles victimes présumées du prédateur s’est manifestée auprès du parquet de Paris.

Le cas Elon Musk mobilise également le parquet. Alors qu’il enquête depuis janvier 2025 sur de nombreux abus prêtés au réseau social X, «l’homme le plus riche de la planète» avait refusé, le mois dernier, de se rendre à une convocation de la magistrate. Mais celle-ci persiste et signe : «Nous avons trois magistrats instructeurs qui sont désignés. Il leur appartiendra, dans le cadre de leur pouvoir légitime, de faire de nouvelles convocations, s’ils le souhaitent».

L’hypothèse d’un mandat d’arrêt contre Elon Musk

Aujourd’hui, Laure Beccuau laisse planer la menace d’une arrestation sous procédure internationale : «Si au bout du bout, à l’issue des investigations, les magistrats instructeurs sont convaincus que les éléments qui sont des éléments de suspicion deviennent des charges suffisamment concordantes pour que le renvoi d’Elon Musk devant un tribunal correctionnel puisse se réaliser, et si l’intéressé ne répond pas à des convocations, la seule manière de provoquer cette possibilité de comparution, c’est un mandat d’arrêt dans le droit», affirme-t-elle.

Dans ce dossier, les investigations portent sur des soupçons de complicité «de détention d’images» à «caractère pédopornographique» ou de «contestation de crime contre l’humanité (négationnisme)», Elon Musk étant, aux yeux du parquet, gérant de fait et de droit du réseau X. Mais le milliardaire se prévaut d’un appui du bureau des affaires internationales du ministère de la justice des États-Unis qui refuserait de collaborer avec Paris sur ces faits. Ce à quoi la magistrate a répondu ce dimanche: «Nous n’avons pas, en l’état, à l’heure où je vous parle, reçu ce courrier auquel il a fait allusion».