Depuis lundi 11 mai, le Pont Neuf, plus vieux pont de Paris, est interdit à la circulation et deux immenses grues ont été installées sur les pavés pour permettre sa métamorphose par l’artiste JR. « C’est une opération très complexe, qui mobilise au total 800 personnes », explique JR.

L’artiste, reconnaissable à son chapeau et à ses lunettes noires, n’en est pas à sa première installation colossale mais il reconnaît qu’il s’agit de l’un de ses projets « les plus fous, en termes d’échelle et de technique ».

Connu uniquement par ses initiales, JR, 43 ans, est devenu célèbre avec ses collages photographiques XXL et ses trompe-l’œil qu’il a exposés des favelas de Rio à New York en passant par le Népal.

D’ici au 6 juin, le Pont Neuf va progressivement devenir une longue « caverne » reposant sur une structure gonflable en toile qui dessinera en trompe-l’œil l’aspect rocheux en mêlant le blanc, le noir et différentes nuances de gris.

Ses dimensions sont imposantes : 120 m de long, 20 m de large, 2 400 m² de surface au sol et une hauteur oscillant entre 12 et 18 m. Élément essentiel, l’air remplira la structure composée de 80 arches en toile.

L’œuvre éphémère « juxtaposera le brut et le sauvage à l’élégance raffinée de Paris, créant ainsi un dialogue entre le passé et le présent », selon JR. L’artiste dit s’intéresser, depuis longtemps, au thème de la caverne, qui « nous rattache à l’histoire de l’humanité, quels que soient les continents ». « Il y a aussi une espèce d’inconnu, de peur, de rentrer dans une caverne et, en même temps, de fascination », selon lui.

Accessible 24 h sur 24

Pendant trois semaines, les curieux et les passants pourront emprunter à pied gratuitement la Caverne, 24 h sur 24, une expérience « immersive » dont l’univers sonore a été confié au musicien électro Thomas Bangalter, ex-membre du duo Daft Punk. « On pourra y venir à 16 h comme à 5 h du matin, et on sera ainsi plongé dans un autre monde », annonce JR, en précisant que des médiateurs seront présents en permanence sur le site.

La Caverne est un hommage à Christo et Jeanne-Claude, le couple d’artistes, aujourd’hui décédés, qui avait avait emballé le Pont Neuf de tissu en 1985, attirant des millions de visiteurs. Il y a 40 ans, le couple avait dû batailler pour vaincre les réticences, politiques notamment, comme celles du maire de Paris de l’époque, Jacques Chirac.

Depuis, Paris a pris l’habitude d’accueillir des projets d’art contemporain spectaculaires, comme l’emballage de l’Arc de Triomphe en 2021, œuvre posthume de Christo et Jeanne-Claude.

Elle est « devenue l’une des villes les plus ouvertes à l’art monumental, aux projets les plus fous, comme l’ont montré les JO », se félicite JR. « C’est une ville vivante, où l’histoire continue de s’écrire », dans « le respect de la pierre et des monuments ».

JR a déjà réalisé, dans sa ville natale, un gigantesque collage autour de la pyramide du Louvre, en 2019, et recouvert l’Opéra d’une autre « caverne » en 2023.

La municipalité de gauche soutient son projet, le nouveau maire Emmanuel Grégoire affirmant que les Parisiens avaient « hâte de pouvoir admirer cette œuvre d’art qui se fabrique sous leurs yeux ».

L’œuvre de JR est « financée par du mécénat privé, sans recours à des fonds publics », comme l’avait été celle de Christo et Jeanne-Claude, selon la fondation qui représente le couple d’artistes.