Il est 19h30 dans le jardin du Pharo et l’heure est déjà à la fête, en ce deuxième soir de la Saison Méditerranée qui accueille « Héritières du futur ». Un concert porté par trois artistes, trois générations, trois voix féminines aux personnalités engagées.

Sur scène, Najat Aatabou a rappelé pourquoi elle demeure une figure incontournable de la musique populaire maghrébine. Vêtue d’une combinaison verte, l’artiste marocaine aux 500 titres que l’on surnomme affectueusement « la lionne de l’Atlas » fait monter l’ambiance d’un cran en interprétant ses plus grands succès, repris en chœur par le public du soir. « Au-delà d’être une grande artiste, on l’aime aussi pour les combats qu’elle mène en faveur des droits de la femme », confie Sabrina qui ne peut s’empêcher de bouger au son de cette musique entraînante. « C’est à la fois oriental et presque électro, et ça nous met en joie ».

La sculpture "Lighthouse" (le phare) de l'artiste palestinien Shareef Sarhan avait déjà été construite sur le port de Gaza mais elle a été détruite en 2023 au début de la guerre.La sculpture « Lighthouse » (le phare) de l’artiste palestinien Shareef Sarhan avait déjà été construite sur le port de Gaza mais elle a été détruite en 2023 au début de la guerre. / photo Gilles Bader

Féminité et modernité sont donc les maîtres mots de cette soirée qui ne fait que commencer. Dans un style plus contemporain, c’est la jeune Nayra, entre influences urbaines, musique du monde et pop alternative, qui prend le relais de ce show 100% féminin. Une énergie débordante, malgré un froid quasi glacial que quelques centaines de Marseillais ont bien voulu braver. Dernière à arriver sur scène, Emel, qui, dans une lumière rouge, envoûte rapidement le public avec sa voix puissante, presque mystique. La chanteuse tunisienne, figure majeure de la scène alternative aux textes engagés a fait, comme les deux autres artistes, l’unanimité.

Du côté du J4 et du Mucem

Au bout du J4 hier soir, au bord de la mer, le mistral était de la fête. Et avec lui, le mouvement et le dialogue entre les rives de la Méditerranée. Bravant le vent, le public est venu assister au spectacle du chorégraphe marocain Taoufiq Izeddiou « Danser ma ville » en collaboration avec le Théâtre Joliette et Lieux Publics. Ce spectacle réunissait pendant 1h20, 70 danseurs amateurs, 5 danseurs et 3 musiciens professionnels. Les silhouettes des chanteurs de noir vêtus se dressaient avec en toile de fond le décor naturel des vagues et de l’entrée du port. Tel un dialogue avec la Méditerranée porté par le vent.

Au Mucem, l'auditorium était complet pour la proposition de Mohamed El Kathib "Mères Méditerranée".Au Mucem, l’auditorium était complet pour la proposition de Mohamed El Kathib « Mères Méditerranée ». / photo G.B

Puis les danseurs (de 20 à 80 ans) ont investi l’espace avec leurs habits colorés « pour danser notre ville » comme nous le confiait Sophia, danseuse amatrice de 30 ans avant le coup d’envoi. « Ce qui m’a plu dans ce projet c’est de rencontrer des personnes que je n’aurais jamais eu l’occasion de rencontrer. Tous les âges et tous les corps sont représentés. » Sans oublier la dimension de défi : « Je danse dans ma chambre mais là j’affronte mes peurs en dansant dans l’espace public ! »

Elle et ses camarades ont offert une représentation chargée d’énergie où la danse contemporaine rencontrait les influences marocaines. Sur des sons et rythmes issus d’un mix entre électro et chants ethniques. Entre phase de douceur et transe hypnotique. Un moment festif auquel le public fut invité à participer pour le final.

Najat Aatabou demeure une figure incontournable de la musique populaire maghrébine.Najat Aatabou demeure une figure incontournable de la musique populaire maghrébine. / Photo David ROSSI

Juste à côté de cette scène improvisée, trônait la sculpture « Lighthouse » (le phare) de l’artiste palestinien Shareef Sarhan. Ce dernier avait construit ce phare sur le port de Gaza mais il a été détruit en 2023 au début de la guerre. Dans le cadre de sa résidence à la Cité des arts de la rue, Shareef Sarhan s’est fixé comme objectif de reconstruire ce Lighthouse. Qui symbolise pour lui « la voix de l’espoir, la possibilité de reconstruire ». « Mon rêve serait qu’il retourne sur le port de Gaza », confie l’artiste. Avec ses facettes multicolores, le phare, illuminé à la nuit tombée sera présent jusqu’au 23 mai.

Le spectacle du chorégraphe marocain Taoufiq Izeddiou "Danser ma ville".Le spectacle du chorégraphe marocain Taoufiq Izeddiou « Danser ma ville ». / PHOTO Gilles Bader

Au Mucem, l’auditorium était complet pour la proposition de Mohamed El Kathib « Mères Méditerranée » qui a démarré peu après 21h. Dans une ambiance de conférence de l’ONU, avec chacune leur drapeau devant elle, 22 mères vivant à Marseille, issues de 22 pays du bassin méditerranéen, prennent place devant leur micro (et leur plat typique). À la base un spectacle pyrotechnique en extérieur, le projet s’est retrouvé dans l’auditorium à cause du vent.

Dans une vidéo, les mères livrent leurs inquiétudes et leurs espoirs. Elles nous parlent de leur culture, de leurs enfants, mêlant émotion et humour. Dans la salle, le public, les familles rient, applaudissent. Des mères protectrices, nourricières, courageuses, drôles et émouvantes défilent sous nos yeux avant de venir sur scène. Pour débattre avec fierté, humour (et remarque politique) de la recette du couscous et du houmous. Mais aussi parler du patriarcat et de la place de la femme. Sans oublier des parties chantées dont un hommage à Oum Kalthoum. Et surtout, c’est le vrai propos, donner leurs idées pour ce siècle et cette société. Tel un parlement des Mères Méditerranée qui prône la paix. À voir encore ce soir à 21h (il est conseillé de venir tôt les places sont limitées).