L’une des plus importantes frappes ukrainiennes contre la Russie a fait au moins quatre morts, dont trois près de Moscou, et une dizaine de blessés, ont indiqué dimanche les autorités locales. Des débris sont tombés sur le plus grand aéroport de Russie sans causer de dégâts.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a confirmé ces frappes de drones, affirmant qu’elles étaient «entièrement justifiées». La Russie a lancé à plusieurs reprises des attaques similaires contre la capitale ukrainienne et d’autres villes pendant la guerre.

De son côté, la Russie a attaqué l’Ukraine avec 287 drones dans la nuit de samedi à dimanche, dont 279 ont été abattus ou brouillés, a rapporté l’armée de l’air ukrainienne.

Ces frappes ont blessé huit personnes dans la région centrale de Dnipropetrovsk : trois dans la capitale régionale, Dnipro, quatre à Kryvyi Rih, la ville natale du président Volodymyr Zelensky, et une dans le district de Synelkove, a indiqué le service national des urgences ukrainien. Des immeubles résidentiels ont été endommagés dans ces trois localités, a précisé le service.

Lors des frappes ukrainiennes contre la Russie, une femme a été tuée après qu’un drone eut atteint son domicile à Khimki, une ville russe située juste au nord-ouest de Moscou. Deux hommes sont morts dans le village de Pogorelki, situé à dix kilomètres au nord de la capitale, selon le gouverneur local Andreï Vorobiov.

L’un d’entre eux serait un ouvrier indien, a indiqué l’ambassade de l’Inde en Russie.

Des drones ukrainiens ont également endommagé des «infrastructures» non précisées et plusieurs immeubles de grande hauteur, a déclaré M. Vorobiov sur les réseaux sociaux.

Un homme a également été tué après qu’un drone a frappé un camion dans la région de Belgorod, à la frontière avec l’Ukraine, selon les autorités locales.

À Moscou même, au moins 12 personnes ont été blessées lors de cette frappe nocturne, principalement près de l’entrée de la raffinerie de pétrole de la ville, a rapporté le maire Sergueï Sobianine. M. Sobianine a indiqué que les «installations techniques» de la raffinerie n’avaient pas été endommagées.

Le plus grand aéroport de Russie — Moscou-Cheremtievo-Alexandre-Pouchkine — a indiqué que des débris de drones étaient tombés sur son terrain sans causer de dégâts ni perturber les vols.

Les défenses russes ont abattu 81 drones se dirigeant vers Moscou pendant la nuit, a rapporté l’agence d’État Tass, citant M. Sobianine, marquant l’une des plus importantes attaques contre la ville depuis que la Russie a lancé une invasion à grande échelle de l’Ukraine le 24 février 2022.

Les défenses aériennes russes disent avoir détruit 556 drones au-dessus de la Russie pendant la nuit. Peu après midi, heure locale, le ministère de la Défense russe a indiqué que plus de 1000 drones avaient été abattus ou brouillés au cours des dernières 24 heures.

M. Zelensky a déclaré que les drones avaient parcouru plus de 500 kilomètres depuis le territoire ukrainien et que l’Ukraine était en train de «vaincre» les systèmes de défense aérienne russes concentrés dans et autour de la capitale.

«Nos ripostes face à la prolongation de la guerre par la Russie et à ses attaques contre nos villes et nos collectivités sont entièrement justifiées. Cette fois-ci, les frappes ukrainiennes à longue portée ont atteint la région de Moscou, et nous le disons clairement aux Russes : leur État doit mettre fin à cette guerre», a déclaré le président de l’Ukraine.

Une riposte aux attaques russes

Nigel Gould Davies, chercheur principal pour la Russie et l’Eurasie à l’Institut international d’études stratégiques, un groupe de réflexion établi à Londres, a déclaré que l’attaque à grande échelle de l’Ukraine semblait être «la riposte ou la vengeance que le président Zelensky avait promise après les violentes attaques menées par la Russie contre Kyiv».

Ces frappes ont eu lieu immédiatement après la fin d’un bref cessez-le-feu qui avait permis à la Russie d’organiser son défilé annuel du jour de la Victoire, le 9 mai, commémorant la victoire soviétique sur l’Allemagne nazie pendant la Seconde Guerre mondiale.

«Cela met en évidence le fait que l’Ukraine a la capacité de frapper à très grande échelle dans la capitale russe ou aux alentours», ramenant ainsi la guerre chez les Russes d’une manière qui serait «des plus malvenues» pour le Kremlin, a déclaré M. Gould Davies à l’Associated Press.

«Il n’y a pas de processus de paix en cours à perturber. Ce que (cette attaque) risque davantage de faire, c’est d’alourdir le nuage d’angoisse qui plane sur la Russie et qui s’est manifestement épaissi au cours des trois ou quatre derniers mois», a-t-il souligné.

Il a cité une combinaison de facteurs, notamment les récents revers de la Russie sur le champ de bataille, la détérioration de la situation économique dans le pays et la répression croissante du Kremlin sur Internet, notamment à Moscou et à Saint-Pétersbourg, la deuxième plus grande ville de Russie.

«Le fait que l’Ukraine rappelle à la population moscovite qu’elle est vulnérable à ces attaques risque d’intensifier le mélange de préoccupations actuel, a déclaré M. Gould Davies. Je ne vois toutefois aucune perspective, à court terme, que même ces facteurs combinés incitent la Russie à envisager les compromis qui seront nécessaires aux négociations de paix.»

Des drones ukrainiens s’enfoncent également profondément en territoire russe pour frapper des installations pétrolières, provoquant des panaches de fumée visibles depuis l’espace et provoquant des pluies toxiques sur des destinations touristiques de la mer Noire. Ces attaques visent à réduire les exportations de pétrole de Moscou, une source de financement essentielle pour l’invasion acharnée de l’Ukraine par la Russie.

Si leur impact économique reste pour l’instant incertain — la hausse des prix du pétrole due à la guerre en Iran et l’assouplissement des sanctions américaines qui en a découlé ayant contribué à renflouer les caisses du Kremlin —, la portée des frappes et leur impact environnemental font prendre conscience de la guerre aux Russes ordinaires, loin des lignes de front.