Boucles de l’Aulne à Châteaulin

Dans l’aire d’arrivée, il est resté longtemps prostré sur sa machine. Aux bords des larmes. Le nez dans le guidon, d’abord. Les mains jointes en forme de prière, le regard perdu dans le vide, ensuite. Comme si David Gaudu cherchait à comprendre ce qui ne va pas, ou plutôt ce qui ne va plus. Dans le feu de l’action, à chaud, le quatrième du Tour de France 2022, le deuxième de Paris-Nice 2023 (entre Pogacar et Vingegaard) et le triple vainqueur d’étape sur les routes du Tour d’Espagne avait du mal à se satisfaire d’une cinquième place sur les bords de l’Aulne, là où il avait pris le premier accessit, il y a neuf ans. Il y a une éternité à l’échelle d’une carrière de coureur cycliste. Alors, le grimpeur breton a filé droit au bus de la Groupama-FDJ. Sans piper mot.

« C’est déjà pas mal… »

À la sortie de la douche, le soutien de ses coéquipiers et de son staff lui a permis de relativiser, de faire la part des choses. Pas le choix. « Il y a toujours des regrets lorsque l’on est peut-être l’un des plus forts de la course et que l’on ne gagne pas. Mais c’est le vélo. Cinquième, c’est déjà pas mal… », confiait-il à l’issue de son meilleur résultat de la saison. Au-delà de sa place, anecdotique pour un coureur de son calibre, celui qui a reconnu avoir touché le fond l’an dernier voulait surtout retenir les sensations ressenties devant les siens. Cette éclaircie. « J’ai pris un plaisir monstrueux aujourd’hui. Je n’ai d’ailleurs pas été à ce niveau de plaisir et de forme depuis tellement longtemps que ça efface la déception de la place », ajoutait le natif de Landerneau (qui devrait quitter Nice et revenir habiter dans le coin prochainement). « Je me suis senti fort, à mon niveau », précisait-il, petit sourire sous la moustache. Ce qui est pris est pris. « J’ai pu rouler devant, j’ai pu attaquer, j’ai pu être acteur de la course », expliquait le Finistérien de Landivisiau qui, à l’exception de son jour de grâce sur la dernière Vuelta (victoire d’étape devant Mads Pedersen et Jonas Vingegaard), n’a enchaîné que les désillusions en tous genres en 2025. Cette cinquième place aux Boucles, finalement, lui mettait un peu baume au cœur. « Il n’y a pas d’enflamade à avoir ou quoi. Ce n’est qu’une journée de course mais cela donne de la confiance. Oui, forcément ça donne le moral », disait encore celui dont la sélection pour le prochain Tour de France n’est pas du tout assurée (hors de forme, il avait renoncé l’an dernier).

« Lorsque l’on voit d’où il revient… »

Au sein de la formation Groupama-FDJ, bredouille sur l’enchaînement des quatre courses bretonnes donc, ce n’est pas la préoccupation du moment. « Lorsque l’on voit d’où il revient par rapport à la semaine dernière (à Plumelec)… C’est le jour et la nuit », soufflait Benoit Vaugrenard, le directeur sportif. « Je ne sais pas s’il a retrouvé ses jambes mais il a retrouvé un peu de confiance. Je pense que ça va l’aider pour la suite », reprenait Thierry Cornec, le successeur (châteaulinois) de Marc Madiot. « Avec une arrivée en haut du Menez Quelerc’h, il gagnait. Avec cette arrivée après ces tours de circuit, ça reste très ouvert aux sprinters et il fait cinquième ». Non, pas si mal, finalement.