Ce tube retrouvé au fond du sac, celui de l’été dernier avec encore la moitié dedans. On hésite. On se dit que ça fait économies, que ça « sent encore bon ». Mauvaise idée. Les mesures réalisées en laboratoire sur des crèmes solaires après un an d’ouverture montrent que la protection affichée sur l’emballage peut ne plus correspondre à rien de réel.

À retenir

  • Un laboratoire a mesuré l’efficacité réelle des crèmes solaires après 12 mois d’ouverture
  • La protection affichée sur le tube peut être divisée par deux, mais la texture reste parfaite
  • L’octocrylène se transforme en perturbateur endocrinien quand la crème vieillit mal

Sommaire

  1. Ce qui se passe chimiquement dans le tube
  2. La PAO, ce symbole que personne ne lit
  3. Le cas de l’octocrylène : quand la dégradation devient toxique
  4. Ce que la texture et l’odeur vous révèlent

Ce qui se passe chimiquement dans le tube

Dès qu’un produit est ouvert, sa formule commence à évoluer. À chaque utilisation, il est exposé à l’air, à la chaleur, aux variations de température et aux bactéries, ce qui peut altérer l’efficacité des filtres UV. Le mécanisme impliqué est double : photolyse et oxydation. La photolyse désigne la décomposition des molécules actives sous l’effet des rayonnements lumineux, y compris en dehors de toute exposition directe au soleil. L’oxydation, elle, progresse à chaque fois qu’on dévisse le bouchon.

Certains filtres UV peuvent ne pas être photostables : lors de l’absorption d’UV, ils se dégradent simplement. L’avobenzone et l’octinoxate sont les deux filtres qui subissent principalement une photodégradation ; associés, ils réduisent encore plus leur photostabilité. Ces deux molécules se retrouvent dans la majorité des produits grand public vendus en France. La crème « standard » achetée en pharmacie ou en grande surface les contient presque systématiquement.

Le chiffre qui doit faire réfléchir : selon le Dr Marc Perrussel, dermatologue, l’efficacité des filtres peut chuter de près de 50 % après une année. Votre SPF 50 peut ainsi se retrouver au niveau d’un SPF 15, sans que vous vous en rendiez compte. SPF 50 vers SPF 15 : c’est passer d’une protection très haute à une protection dite « faible » selon la classification de la réglementation européenne. partir une journée à la plage avec une confiance entière, pour une protection qui tient à peine.

La PAO, ce symbole que personne ne lit

La PAO (Période Après Ouverture), obligatoire sur les produits cosmétiques, est indiquée par un symbole de petit pot ouvert avec un chiffre, comme 6M ou 12M. Ce chiffre correspond au nombre de mois pendant lesquels la crème solaire reste efficace après ouverture. Sur la quasi-totalité des tubes du marché, il y est inscrit « 12M » : cela signifie que votre produit reste efficace pendant 12 mois après ouverture. Douze mois, pas treize. Pas quinze « si on a bien fermé le bouchon ».

Une fois votre crème solaire entamée, vous avez généralement entre 6 et 12 mois pour l’utiliser. Au-delà, son efficacité n’est plus garantie, même si le produit semble encore normal. C’est précisément là que réside le vrai piège : avec le temps, les filtres UV contenus dans la crème solaire se dégradent et leur capacité à filtrer les rayons UV diminue progressivement, même si la texture du produit semble inchangée. Et l’indice SPF affiché ne correspond plus à la protection qu’il est censé offrir. Une crème qui sent bon, qui s’étale bien et qui a l’air parfaite peut très bien ne plus valoir grand-chose en termes de protection réelle.

Que Choisir a soumis 8 crèmes solaires bien notées à des tests de vieillissement accéléré avec ses partenaires européens. À l’issue de ce traitement, ils ont contrôlé leur apparence et mesuré les indices de protection UVB et UVA. Résultat : 6 crèmes sur les 8 n’ont pas bougé. Parmi les deux défaillantes, l’une présentait un aspect déphasé, les parties grasse et aqueuse s’étant séparées. Un résultat plus nuancé que ce qu’on pourrait craindre, à condition d’avoir conservé son tube dans de bonnes conditions.

Le cas de l’octocrylène : quand la dégradation devient toxique

Il y a une situation pire que la simple perte de SPF. L’octocrylène, un filtre UV très répandu, pose problème. Avec le temps et sous l’effet de la chaleur, il peut se dégrader et former de la benzophénone, une molécule classée comme perturbateur endocrinien et cancérigène possible. Ce filtre est, justement, largement utilisé dans les formules car il stabilise d’autres molécules moins résistantes, notamment l’avobenzone. On en trouve dans de nombreuses crèmes familiales, des sprays solaires, parfois des produits pour enfants.

Une crème solaire périmée peut contenir des taux de benzophénone jusqu’à deux fois plus élevés qu’une formule fraîche. Cette molécule traverse facilement la barrière cutanée et perturbe le système hormonal. Les références contenant de l’octocrylène posent un problème particulier : au fil du temps, ce filtre UV se dégrade et donne naissance à un composé toxique. La chaleur estivale dans un sac de plage ou dans la boîte à gants d’une voiture accélère ce processus.

Pour vérifier si votre tube contient de l’octocrylène, vérifiez la composition sur l’emballage. Si vous voyez « Octocrylene » dans la liste INCI, soyez particulièrement vigilant sur les conditions de stockage et la date de péremption.

Ce que la texture et l’odeur vous révèlent

Quelques secondes d’observation suffisent à éviter le pire. Un produit qui se sépare en deux phases distinctes, une partie huileuse et une partie crémeuse, signale une altération de la formule. Des grumeaux ou une consistance granuleuse indiquent également une dégradation des filtres UV. Une teinte plus foncée ou jaunâtre par rapport à la normale suggère une oxydation du produit.

Si le produit sent le rance ou toute autre odeur suspecte : à la poubelle. Non seulement il risquerait de ne pas être efficace, mais il pourrait provoquer des irritations de la peau. Si vous envisagez d’augmenter la dose pour compenser, sachez qu’un surplus de crème solaire n’améliore pas l’efficacité des filtres s’ils sont déjà détériorés. Tartiner davantage une crème dégradée ne ramène pas son SPF à son niveau initial. Les molécules actives sont mortes ; la dose ne change rien.

Le stockage conditionne aussi ce qu’il reste dans le tube d’une année à l’autre. La chaleur et la lumière directe sont les principaux ennemis de votre protection solaire. Une crème laissée au soleil au bord de la piscine ou dans une voiture pendant une journée à la plage peut perdre son efficacité même si elle n’a pas été ouverte. La conservation idéale ? À l’abri de la lumière, dans un endroit sec et frais, entre 15 et 25°C. Ce qui exclut de facto le tableau de bord, la fenêtre de salle de bain et le fond du sac laissé en plein soleil.

Un dernier point, souvent ignoré : les filtres minéraux, comme l’oxyde de zinc et le dioxyde de titane, sont généralement plus stables que les filtres chimiques et conservent leur efficacité plus longtemps après ouverture. En revanche, certains filtres chimiques peuvent se dégrader plus rapidement, réduisant ainsi la durée de conservation de la crème solaire. Les produits à base de filtres minéraux résistent mieux au vieillissement. Un avantage concret pour ceux qui achètent un tube en juin et veulent savoir ce qu’il en reste en septembre.