l’essentiel
Alors qu’il rejoindra Aurillac cet été, après deux saisons au SCA, Ruben Courties aurait pu évoluer bien plus tôt en Pro D2. Mais une blessure l’en a empêché, lui dont la jeune carrière a souvent été remise en question par les vicissitudes de la vie.
Rien n’est laissé entre les mains du hasard dans le rugby. Or le hasard a parfois sa place, et offre de temps à autre des clins d’œil cocasses et significatifs. Son rôle est pour ainsi dire majeur auprès de Ruben Courties. La trajectoire du numéro 9 est singulière, d’une certaine façon symboliquement liée à son poste, cœur battant de la charnière.

Ruben Courties n’a pas connu une carrière linéaire.
DDM – EMILIE CAYRE
De charnière justement, il en a beaucoup été question dans sa vie, tant les instants pivots que seul le destin réserve ont jalonné son parcours. Joueur du SCA depuis deux saisons, le Tarbais va rallier dès juillet le Cantal et Aurillac, en Pro D2. « Mon agent a réussi à nouer des contacts avec le club depuis un moment, et j’ai pu avoir cette chance de signer là-bas. Je suis impatient de commencer, de découvrir un nouvel environnement et un nouveau championnat », trépigne Courties. Cette aventure, il aurait pu la lancer bien plus tôt, en 2023, lorsque le chemin était tracé vers Béziers. Avant que celui-ci ne soit barré par une rupture du ligament croisé antérieur d’un genou.
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Espoir au Stade Toulousain, ses rêves de devenir pro s’évaporent. Mais le destin le rattrape in extremis. « Je n’étais pas conservé au Stade, mes engagements avec Béziers étaient caducs, et j’allais me retrouver sans rien, relate le 9 de 23 ans. Or Toulouse m’a tendu la main, et je n’ai pas dit non. »
Le socle de sa famille d’accueil
En guise de soutien face à une situation aux allures de fin de carrière, le manager de l’équipe professionnelle haut-garonnaise, Ugo Mola, ainsi que Jérôme Cazalbou, manager du haut niveau au club, font un geste et prolongent d’une saison le contrat Espoirs du garçon. « Ce fut une chance, et je les en remercie tellement. Lors de notre entrevue, ils m’ont proposé cela afin que je puisse me requinquer au Stade, note celui qui fut appelé en équipe de France U20 il y a six ans. Grâce à eux, j’ai pu bénéficier des infrastructures et du suivi du club pour ma rééducation. En fait, de tout faire comme si j’étais membre du groupe. J’ai aussi pu rejouer à Blagnac et me relancer. »
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Toulouse lui a donné sans compter. Sportivement bien sûr, personnellement aussi. Arraché à sa Bigorre natale à 14 ans, après dix ans de préformation au Stado (2007-2017), afin de rallier les équipes de jeunes du Stade Toulousain, le gamin éprouve des difficultés à s’acclimater. Désormais, plus rien n’est pareil. « Le début fut difficile, Toulouse est tellement différent de Tarbes. Je savais pourquoi je le faisais, mais j’étais très attaché à ma mère et ma sœur », explique-t-il.
Tout aurait pu s’arrêter, brusquement, mais là encore, la porte du destin s’est ouverte. « En fait, comme d’autres très jeunes joueurs, j’étais en famille d’accueil. Et cette famille m’a apporté ce dont un enfant a besoin dans ces moments, que ce soit de l’accompagnement et de l’affection. Si j’ai continué le rugby, c’est en partie grâce à elle, puisqu’elle m’a permis de trouver un équilibre et d’être heureux. » Tout en gardant un lien incassable avec sa famille tarbaise, qu’il voyait régulièrement, Ruben Courties en tisse un autre très fort avec ceux qui l’ont accueilli, protégé. « Je n’ai pas peur de dire que je les considère eux aussi comme mes parents », soutient-il.
Le dernier rebond albigeois
Le concours du Stade – où il prend plaisir à retourner et discuter de temps en temps –, l’aide de sa famille d’accueil, tout cela va l’amener à rebondir. Pas très loin, à Albi. Dans le Tarn aussi, rien n’est simple, les débuts sont cahoteux. Tout aurait pu basculer dans la carrière du numéro 9. La collaboration entre le groupe et le staff de Mathieu Bonello et Alexandre Albouy est difficile. « Honnêtement, j’ai songé à partir. Il y a des façons de faire, de parler, qui ne convenaient à personne, n’étaient pas adéquates. On s’est beaucoup remis en question, jusqu’à se demander si on avait envie de devenir pro, dans ces conditions. On était un peu dégoûtés du rugby. »
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Puis février survint, le changement d’entraîneurs avec, et enfin le véritable point de départ de l’épanouissement dans la cité épiscopale avec la nomination de Kevin Boulogne, Théo Siboul et Florent Fourcade comme coachs. « Au final, mon aventure est tellement positive, s’enthousiasme Courties, qui aurait aimé envoyer le SCA à l’étage supérieur. J’ai énormément évolué, principalement cette saison. Et c’est grâce à mon passage ici que j’ai eu une nouvelle opportunité de rejoindre la Pro D2. » Le voilà, là encore, à un instant charnière de sa vie. Un de plus.