Un centre d’excellence en matière de drones, de systèmes autonomes et d’armes sous-marines à l’horizon 2028. C’est le projet de Naval Group pour l’ancien site industriel des Bormettes à la Londe-les-Maures, près de Toulon. A l’origine, une usine créée en 1907 et fermé ensuite faute de rentabilité. Naval Group veut aujourd’hui lui redonner vie à travers un complexe moderne de 17 000 m² destiné à accueillir environ 550 collaborateurs.
Objectif, regrouper sur un même site les équipes actuellement réparties entre Saint-Tropez, Toulon-Lagoubran et Ollioules-Euclide afin d’accélérer le développement des systèmes sous-marins de nouvelle génération. Le futur ensemble comprendra des bureaux, des ateliers industriels, des espaces clients et des infrastructures d’essais. L’appontement maritime sera réaménagé afin de permettre des démonstrations et des tests en mer des drones sous-marins développés par le groupe.
Dans un contexte international marqué la guerre des drones et la compétition navale entre grandes puissances, la France entend préserver sa souveraineté technologique sous la mer. Depuis la guerre en Ukraine et la multiplication des tensions navales en Indo-Pacifique, les systèmes autonomes sont devenus l’un des axes majeurs de transformation militaire. Plus discrets, moins coûteux et parfois plus difficiles à détecter qu’un sous-marin conventionnel, ces engins sont appelés à jouer un rôle croissant dans le renseignement, le déminage, la protection des infrastructures critiques ou encore les opérations offensives. Le futur site des Bormettes doit ainsi devenir un pôle d’innovation capable de concevoir, produire et maintenir ces systèmes autonomes sous-marins au plus près de la Marine nationale et de la Direction générale de l’armement. Naval Group a précisément pour ambition de se positionner comme l’un des leaders européens de cette technologie.
Des associations s’opposent
L’industriel veut faire de ce site « une vitrine répondant aux meilleures exigences environnementales et de sécurité. Le groupe souhaite démontrer que l’on peut associer réindustrialisation du territoire et respect de l’environnement et des riverains ». Pour se faire, il souhaite respecter les critères de haute qualité environnementale (HQE) en construisant un bâtiment bioclimatique, en récupérant des eaux pluviales sur les toitures, en laissant une faible empreinte carbone à la construction et en produisant de l’énergie renouvelable pour la consommation du site. L’opération s’inscrit dans une logique territoriale plus large avec l’amélioration de la gestion hydraulique du quartier mais aussi avec la création d’espaces verts, la plantation de flores méditerranéennes résistantes à la sécheresse et la plantation de 400 arbres, doublant ainsi leur nombre sur le site ; tout en préservant une quinzaine d’espèces animales présentes.
Le calendrier prévoit un démarrage des travaux en 2026 et une mise en service du site fin 2027 si tout va bien. Néanmoins, deux associations ont saisi le tribunal administratif pour tenter de suspendre l’autorisation accordée par le préfet de lancer le chantier. France nature environnement Var et Les amis des Bormettes dénoncent les impacts sur la faune et la flore locale. « Plus que jamais, la biodiversité du littoral varois est menacée par ce projet industriel . L’avenir de plusieurs espèces protégées est en jeu, ainsi que celui d’ Arbres majestueux et d’écosystèmes fragiles. Le projet de Naval Group est tout simplement encore l’un de ces projets démesurés qui minimise et invisibilise les véritables enjeux écologiques, sanitaires et sociaux… », affirme l’association les amis des Bormettes.
Pour l’instant la première décision judiciaire a donné raison à Naval Group. Verdict définitif dans quelques mois quand le tribunal administratif jugera l’affaire sur le fond.