L’image que renvoie Ford-Europe depuis plusieurs années est celle d’une entité en quête permanente de relance. En perte de vitesse commerciale – sur le vieux continent, sa part de marché est passée de 7,3 % à 3,5 % en douze ans et en France il ne vendait plus que 38 000 unités en 2025 contre 80 000 en 2019 – le constructeur lance un nouveau plan de reconquête. Lors d’un évènement qui a réuni les 17 et 18 mai à Salzbourg (Autriche) concessionnaires et investisseurs, Jim Baumbick, nommé depuis six mois à la tête de Ford-Europe a présenté un dispositif destiné à « réduire l’écart avec nos concurrents dans une période difficile ». Son maître-mot : proposer « des voitures pour les européens, fabriquées en Europe ».
Sans fournir aucun chiffre sur le montant de l’investissement ni fixer d’objectifs commerciaux, la marque a annoncé l’arrivée de cinq nouveaux modèles en 2028 et 2029. Dans deux ans, seront d’abord lancés deux modèles électriques dans le cadre de l’accord conclu avec Renault. Une berline urbaine et un petit SUV élaborés sur la base des R5 et R4 et fabriqués à Douai et Maubeuge. Entièrement revus par le constructeurs américain, ces deux véhicules se distingueront assez nettement de leurs alter ego au losange.
Trois crossovers
Ford a aussi prévu trois « crossovers » disponibles avec une motorisation hybride. Le premier est une extrapolation européenne du Bronco (comprendre : plus compacte et plus modestement motorisée que le 4×4 commercialisé aux Etats-Unis) qui pourrait occuper le segment du Kuga à partir de 2028.
Suivront deux autres modèles dont la nature n’a pas été précisée. Il pourrait s’agir de la prochaine génération du Puma et d’un véhicule qui occuperait l’espace laissé vacant par la Focus, supprimée du catalogue fin 2025. Selon Jim Baumbick, Ford, seule marque américaine toujours présente en Europe, compte y demeurer « les 100 prochaines années » et assurer sa présence sur tous les segments importants sans jamais proposer « des voitures ennuyeuses ».
Capitaliser sur l’utilitaire
Le groupe s’efforce aussi de capitaliser sur sa gamme d’utilitaires, numéro un en Europe, qui assure l’essentiel de sa rentabilité – « sans les VU, nous aurions fermé boutique » murmurait l’un des concessionnaires présents à Salzbourg – et va bénéficier de l’importation du pick-up Ranger Super-Duty. Le Transit City, une petite camionnette électrique à vocation urbaine conçue avec le chinois Jangling Motors, va également figurer au catalogue. Ford s’organise aussi pour développer la collecte de datas et du système de maintenance prédictive qui sera étendu aux véhicules particuliers.
Cette remise en ordre de marche de la gamme Ford décimée par un virage trop hâtif vers l’électrique va fortement s’appuyer sur le recours à des technologies hybrides rechargeables et à prolongateur d’autonomie. Ford, qui n’a pas évoqué l’éventualité de s’en remettre à du « full hybrid » (non rechargeable), assume de prendre le risque de se rendre dépendant ce type d’électrification. Ses dirigeants ont lancé à l’Europe un appel à ce que la réglementation de l’Union réserve une place plus importante à ces technologies dans le cadre « d’objectifs réalistes » à l’horizon 2035.
Une feuille de route en bonne et due forme
Pour Ford, cette refondation axée sur des partenariats (outre Renault, Volkswagen fournit une plate-forme pour les modèles électriques) et l’importation de modèles iconiques comme le Bronco recouvre aussi l’obligation de reconstituer une véritable identité de marque en Europe. Désormais guidé par une feuille de route en bonne et due forme, Ford se prépare toutefois à traverser deux années sans aucune nouveauté marquante. Une épreuve pour le réseau des concessionnaires. Certains ont trouvé la parade. « Nous avons accueilli des enseignes comme Jaecoo et Omoda ou MG dans quelques showrooms. Contraints et forcés, nous sommes devenus les coucous des marques chinoises » soupire l’un d’eux.