La pluie ruisselle dans les rues pentues de Gourzouf, petite ville de 9.000 habitants située près de Yalta, dans cette Crimée annexée par la Russie il y a douze ans. Derrière une porte grise, regroupées dans un abri antibombes des années 1990 décoré notamment de photos de militaires, une poignée de femmes âgées s’emploient à tisser des filets de camouflage destinés à l’armée russe.
« On en a déjà envoyé 587 », se félicite Elena Gueorguievna, 85 ans, qui coordonne l’équipe de bénévoles. Si elles s’activent ici autant que leur âge et leur emploi du temps le leur permettent, c’est « pour la patrie », expliquent-elles. Le discours reprend presque mot pour mot celui du pouvoir russe. « Le régime de Kiev est fasciste, il est impossible de le qualifier autrement », assène Elena Gueorguievna devant un drapeau étendu sur le mur de Russie unie, le parti de Vladimir Poutine.
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Ici, le conflit mené contre Kiev est partout, y compris dans la tête de cette mère de famille dont le fils est kontraktnik (engagé sous contrat dans l’armée) depuis « déjà deux ans ». Pourtant, il faudra attendre une bonne heure avant que le mot « guerre » soit prononcé, par accident, au détour de la discussion. Quatre ans après le déclenchement de l’invasion de l’Ukraine, les seuls termes tolérés en Russie et en Crimée restent ceux employés en 2022 : « opération militaire spéciale » ou « SVO », son sigle en russe.