Faute d’accord salarial, le personnel du géant sud-coréen pourrait cesser le travail à compter du 21 mai. Une mobilisation sans précédent dont la facture pourrait s’élever à près de 20 milliards de dollars pour l’entreprise.

Un mouvement social d’une ampleur inédite et aux répercussions potentiellement planétaires. À partir du 21 mai, le géant sud-coréen Samsung Electronics pourrait faire face à une grève massive, mobilisant plus de 50.000 salariés pendant 18 jours, après l’échec des négociations entre la direction et le principal syndicat du groupe, rapporte le média spécialisé Gizmodo. Une mobilisation sans précédent, susceptible de désorganiser en profondeur la production mondiale de cartes mémoire et de composants indispensables au secteur de l’intelligence artificielle (IA).

Au cœur du conflit : la question des rémunérations. Le syndicat majoritaire réclame une hausse d’environ 7% des salaires fixes ainsi qu’un meilleur partage des profits, en particulier au sein de la division mémoire, moteur de la croissance actuelle du groupe. Il exige également la suppression du plafonnement des bonus, à l’image de ce qui se pratique chez le concurrent SK Hynix. Mais les négociations patinent. «Aucun des points à l’ordre du jour demandés par le syndicat n’a été abordé», dénonçait la semaine dernière Choi Seung-ho, représentant des salariés.


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L’une des entreprises les plus rentables au monde

La situation est d’autant plus sensible que Samsung traverse une phase d’expansion spectaculaire portée par l’essor de l’IA. Au premier trimestre 2026, le groupe a vu ses revenus liés aux puces dédiées à l’intelligence artificielle multipliés par près de cinquante sur un an. Sa capitalisation boursière a franchi ce mois-ci le seuil des 1000 milliards de dollars, et certains analystes estiment qu’il pourrait devenir, d’ici 2027, l’entreprise la plus rentable au monde, devant Alphabet, Apple ou Nvidia. De quoi nourrir un fort sentiment d’injustice parmi les salariés.

Mais si ce mouvement cristallise l’inquiétude des marchés mondiaux, c’est parce que la division mémoire de Samsung Electronics conçoit et fabrique certains des composants les plus recherchés dans le domaine de l’intelligence artificielle. Ses usines de Giheung, Hwaseong et Pyeongtaek produisent notamment des puces indispensables aux centres de données, au cloud et au calcul haute performance, en particulier les mémoires HBM (High Bandwidth Memory), au cœur des architectures d’IA générative. Or, avec son compatriote SK Hynix et l’américain Micron, Samsung fait partie des très rares acteurs capables de produire ces composants à grande échelle.

Facture de 20 milliards de dollars

Même si les lignes de production sont largement automatisées, une grève d’ampleur dans cette division pourrait ralentir significativement les cadences de production. À la clé : une hausse des prix des DRAM, des HBM et des SSD, des types de stockage électroniques indispensables aux fabricants de GPU, aux fournisseurs de cloud et aux équipementiers réseau. L’impact financier promet également d’être considérable pour le géant technologique sud-coréen lui-même. Selon plusieurs estimations, une grève prolongée pourrait coûter jusqu’à 20 milliards de dollars à Samsung.

Pour l’heure, l’issue du bras de fer reste incertaine. D’après l’agence sud-coréen Yonhap News, ces derniers jours, «la direction de Samsung Electronics a adressé une lettre formelle appelant à un ultime dialogue social et incluant des propositions». Le chef du principal syndicat du géant électronique, Choi Seung-ho, «a cependant répondu qu’ils ont “l’intention de dialoguer après le 7 juin”», poursuit l’agence. En attendant, la Corée du Sud comme l’ensemble des chaînes d’approvisionnement technologiques mondiales retiennent leur souffle.