À Kiev, l’idée n’est pas entièrement nouvelle. Un projet de loi, enregistré en avril 2024 sous le numéro 11214, propose déjà de créer des « compagnies de défense internationales », enregistrées en Ukraine, habilitées à fournir des services à l’étranger et à participer à certaines activités de défense. Le texte a été inscrit à l’ordre du jour de la Verkhovna Rada en février 2026, mais reste à ce stade en cours d’examen en commission.
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La relance présidentielle intervient alors que l’Ukraine commence à penser l’après-guerre avec une société profondément militarisée. Selon la Première ministre Ioulia Svyrydenko, le pays comptait déjà 1,8 million de vétérans en avril 2026. Le gouvernement s’est fixé pour objectif d’en employer 100 000 d’ici à 2030, en coopération avec le secteur privé.
La relance présidentielle intervient alors que l’Ukraine commence à penser l’après-guerre avec une société profondément militarisée.
Pour les partisans du projet, les compagnies militaires privées offriraient un débouché à des combattants dont les compétences n’ont guère d’équivalent sur le marché civil. « Ces personnes ont une expérience militaire unique, et toutes ne parviendront pas à trouver leur place dans la vie civile », explique la députée Halyna Yanchenko, ancienne membre du parti présidentiel Serviteur du peuple. « Certains sont partis à la guerre à 18 ans, d’autres ont passé toute leur vie dans l’armée. D’autres encore ont vu leur lieu de travail occupé ou détruit. »
Selon elle, permettre à ces anciens soldats d’obtenir des emplois bien rémunérés tout en utilisant leur expérience est une question que l’Ukraine doit traiter dès maintenant. Les compagnies militaires privées, estime-t-elle, peuvent leur permettre de « rester utiles à la société ».
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Le projet s’inscrit par ailleurs dans une ambition plus large : transformer l’expérience acquise par l’armée ukrainienne en instrument d’influence à l’étranger. Depuis 2022, l’Ukraine est devenue l’un des laboratoires mondiaux de la guerre des drones, de la lutte anti-drone, du renseignement et de l’intégration rapide de technologies civiles dans les opérations militaires. Ce savoir-faire intéresse déjà les armées européennes, mais aussi certains pays du Golfe, où Volodymyr Zelensky a multiplié les contacts diplomatiques et sécuritaires ces derniers mois.
« Vous et moi pouvons assembler un drone FPV. Ce n’est pas si difficile », souligne Halyna Yanchenko. « Mais savoir utiliser ce drone au combat, intercepter un autre drone avec lui, mettre en place des systèmes de commandement, utiliser correctement les systèmes de guerre électronique et de renseignement d’origine électromagnétique, et adapter tout cela aux conditions changeantes du champ de bataille : ce sont des compétences uniques. »
La formation d’armées partenaires serait, selon elle, « le minimum » que l’Ukraine pourrait offrir. Les vétérans, y compris ceux qui ont été blessés ou amputés, pourraient remplir ce rôle sans retirer des militaires actifs du front. Le gouvernement teste déjà, dans un domaine plus restreint, l’intégration d’acteurs privés à la défense nationale.
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Selon Reuters, des entreprises ukrainiennes de défense antiaérienne privée doivent être autorisées par le ministère de la Défense et intégrées au système de commandement de l’armée de l’air. Elles ne décident pas elles-mêmes de l’ouverture du feu, cette décision restant entre les mains des autorités militaires. Le programme, encore limité, montre cependant que Kiev explore des formes hybrides, mêlant acteurs privés et supervision étatique.
C’est précisément sur ce point que se concentrent les inquiétudes. Le ministre de l’Intérieur, Ihor Klymenko, a assuré que l’objectif était de créer un modèle « transparent et contrôlé », conforme à la Constitution et aux intérêts nationaux de l’Ukraine. Mais les précédentes versions du projet ont suscité des réserves.
En 2024, le ministère de la Défense avait soutenu l’idée générale tout en soulignant que la rédaction proposée n’était pas pleinement compatible avec la Constitution ukrainienne, les lois sur la défense et le renseignement, ainsi qu’avec les protocoles additionnels aux Conventions de Genève. Le ministère avait demandé un profond remaniement du texte avant une éventuelle adoption.
Reste à savoir si un tel dispositif suffira à prévenir les dérives associées aux sociétés militaires privées, dont l’histoire récente, de l’Irak à l’Afrique, reste marquée par des abus et une responsabilité juridique souvent floue.
Le projet de loi 11214 prévoit notamment la création d’un organe de supervision, placé sous l’autorité du renseignement militaire, chargé d’approuver les contrats, d’enregistrer les armes et les équipements et de contrôler les activités de ces entreprises. Les services autorisés pourraient inclure la protection de personnes et de biens à l’étranger, la formation tactique, le déminage, le conseil en sécurité ou l’appui à des pays alliés.
Reste à savoir si un tel dispositif suffira à prévenir les dérives associées aux sociétés militaires privées, dont l’histoire récente, de l’Irak à l’Afrique, reste marquée par des abus et une responsabilité juridique souvent floue.