Lors de cette finale marseillaise, deux chauffeurs s’affrontaient dans une série d’épreuves, où leur engin de 12 mètres de long et 19 tonnes doivent sillonner entre les plots, sous le regards des juges.

/ Photo Gilles Bader

Sur un petit trottoir du dépôt la Rose (13e), Aymene scrute le passage de son concurrent, observe chaque virage et espère voir les quilles tomber. « Je lui ai envoyé un message en lui disant qu’aujourd’hui on allait se battre, chacun pour sa pomme. Ce soir, après le verdict, on fera la réunification et on sera de nouveau dans la même équipe », sourit ce jeune chauffeur de bus de 23 ans.

Avec un autre conducteur de la RTM, il participe ce mardi 19 mai, à l’ultime sélection marseillaise du Bus d’or, concours national qui oppose depuis 1990 les pilotes de bus d’une quarantaine de régies de transports, avec une finale à Paris du 9 au 11 juin prochain.

« Une véritable reconnaissance pour ce métier »

Mais avant ce rendez-vous dans la capitale, il faut désigner les représentants de la Régie des transports métropolitains avec une série d’épreuves grandeur nature, où leur engin de 12 mètres de long et 19 tonnes doit sillonner entre les plots. Sur les 2 600 conducteurs de bus de la RTM, une vingtaine a été sélectionnée par une série de QCM et de tests de pilotage pour aboutir à ce match à deux. « Ils sont opposés ce matin sur une épreuve de plateau, avec un parcours sinueux et chronométré, où ils doivent ne pas faire bouger les quilles, avec des pénalités pour chaque erreur. Cet après-midi, il y aura une conduite libre dans les rues, pendant laquelle un accéléromètre va calculer le régime moteur et des juges vont mesurer la distance le trottoir et le bus à chaque arrêt, décrit Nicolas Covarel, directeur d’exploitation à la RTM. C’est un concours d’excellence et une véritable reconnaissance pour ce métier. On a des chauffeurs motivés, qui maîtrisent leur véhicule et qui ont bien pris conscience de la responsabilité de leur mission quotidienne. »

Pour « représenter au mieux » la RTM à Paris, ce sont deux profils très différents qui s’opposent. D’un côté, Aymene, 23 ans dont « presque trois à la RTM » a déjà obtenu un prix « world skills » l’an dernier. Après un parcours où il a touché trois obstacles, il se dit « frustré ». « Je pense que ce qui m’a joué des tours, c’est la pression que je me mets pour réussir, dit ce conducteur volant du dépôt Arenc (2e). Je suis un footeux, un compétiteur et j’ai envie de gagner. Pour représenter ma ville, mes copains de la RTM et mettre en avant un métier important, au service des gens. »

Face à lui, c’est un « ancien » de la régie qui tente le concours pour la deuxième fois et voit ici l’occasion de « se remettre en question ». « Les Bus d’or, c’est le graal suprême, livre Bruno, 49 ans, chauffeur à la Rose depuis 20 ans et formateur. La pression est là mais elle fait du bien. Je suis déterminé pour monter à Paris et montrer ce que l’on sait faire. Conduire à Marseille, c’est quelque chose et ça aide à améliorer ses réflexes mais aussi son calme et sa patience. Je pense que cette sérénité et mon expérience peuvent jouer en ma faveur. »