Incidences
Ancien ambassadeur, François Nordmann partage ses réseaux et ses infos sur les coulisses de la diplomatie au début de chaque semaine.
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Est-il possible de discerner dans la politique extérieure du président Donald Trump une suite logique, un plan qui ait du sens? Les déclarations contradictoires, les sautes d’humeur, la méthode chaotique, le renvoi des experts obscurcissent ce qu’il faut bien appeler la stratégie. Un vétéran de la première administration Trump élabore dans la revue Foreign Affairs de mai-juin 2026 une théorie qui expliquerait vers quoi tendent les Etats-Unis, quelques jours avant de célébrer leur 250e anniversaire.
A. Wess Mitchell, ancien secrétaire d’Etat adjoint pour l’Europe et l’Eurasie, compare la situation actuelle de l’Amérique à celle du Royaume-Uni en 1904. Comme les Etats-Unis aujourd’hui, c’était alors la principale puissance de son époque. Sa marine avait deux fois plus de navires que les deux autres plus grandes forces navales combinées. Mais sa position stratégique commençait à s’éroder. Des puissances montantes cherchaient à lui porter ombrage: l’Empire allemand construisait une flotte inquiétante, la France et la Russie menaçaient les colonies britanniques d’Asie et d’Afrique, le Japon et les Etats-Unis eux-mêmes dominaient de plus en plus la région géographique où ils étaient situés… L’amiral John Fisher institua la doctrine de consolidation. C’est l’application de la règle stratégique la plus simple et la plus évidente selon Clausewitz: concentrer ses forces et ses ressources sur ses intérêts majeurs et sur le principal théâtre d’opérations. Il s’agissait en l’occurrence de dissuader l’Allemagne en donnant la priorité à la protection des îles Britanniques et des mers adjacentes pour se préparer à affronter l’Allemagne impériale. La sécurité du reste de l’Empire britannique était confiée aux alliés du royaume, notamment la France et le Japon: de la sorte, on gagnait du temps pour produire plus d’armements et rester à la pointe de la recherche technologique. Cependant, concentration ne veut pas dire repli ni acceptation d’un quelconque déclin national.