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Emilie Dudon-Fournier

Publié le

20 mai 2026 à 17h01

Quand on a fait l’interview mardi, il sortait tout juste d’un partiel d’anglais dans le cadre du master commerce qu’il suit en distanciel. L’ailier de Brive, Benjamin Lefranc, vit une semaine chargée, alors qu’il prépare aussi le barrage de Pro D2 à Aix-en-Provence samedi (18h30).

« Ça va, il faut savoir dissocier les choses », assure-t-il d’un ton posé auprès d’Actu Rugby. Car il a beau être âgé de 22 ans seulement, il ne vit pas ses premières phases finales. Titularisé lors de la demie perdue contre Montauban l’an passé (13-29), il assure en avoir tiré une expérience précieuse.

« Je me sens plus serein et plus confiant. J’apprends de l’an passé, sur la manière de mieux faire ou de mieux gérer mon stress », explique-t-il. « Je le vis complètement différemment parce que ce n’est pas la même équipe, pas la même saison. On a changé de manager, il y a eu de l’amélioration et des joueurs qui sont plus concernés, on va dire. »

« Je voulais m’en aller » : quatre mois de placard au CA Brive

Si le CABCL a vécu un drôle d’exercice 2025-2026 avec son entame compliquée et l’éviction de David Darricarrère au mois de novembre, celui de Benjamin Lefranc fut particulièrement dingue à titre personnel.

Jamais testé par l’ancien manager, l’ailier n’a pas été aligné une seule fois en quatre mois et demi. Pas une feuille de match pour l’enfant du club – il y joue depuis 2010 -, qui en avait compté 12, dont la demi-finale donc, l’an passé.

« Très honnêtement, je l’ai plutôt bien vécu car j’étais très soutenu par ma famille et que l’école me changeait les idées. Mais je voulais m’en aller et être prêté dans un autre club (il est en contrat Espoirs jusqu’en 2027, NDLR). Dans ma tête, j’étais déjà parti ailleurs pour la fin de saison. Quand on est jeune, c’est hyper important de jouer et je n’ai jamais eu aucune explication. »

Et puis Pierre-Henry Broncan est revenu sur le terrain et a, compte tenu du potentiel hors-norme du jeune joueur (il mesure 1,96m), décidé de lui donner sa chance. D’abord avec les Espoirs, puis lors d’un déplacement à Vannes, à la mi-janvier. On disputait déjà la 17e journée du championnat.

Depuis, Benjamin Lefranc totalise 9 titularisations en 9 matchs. Dire qu’il a saisi sa chance serait une lapalissade… Il a changé d’état d’esprit, entre-temps : « L’an dernier, je ne jouais pas toujours mais c’était assez régulier alors je savais que j’avais ma place. Là, je n’avais pas été utilisé depuis 17 matchs… L’accumulation de toute cette frustration fait que, maintenant, je joue chaque rencontre comme si c’était la dernière. Chaque lundi, c’est une remise en question. »

La visualisation : le secret du Théo Attissogbe de la Pro D2

Pour transformer le plomb en or, le rugbyman a énormément travaillé au niveau mental, notamment : « Mine de rien, c’est un mal pour un bien car ça m’a permis de bosser tout ce qu’il fallait bosser, en dehors du rugby comme sur le terrain. »

Il détaille : « Je travaille avec un préparateur mental qui m’a fait comprendre de ne pas me focaliser sur des choses que je ne peux pas contrôler, mais plutôt de me concentrer et de mettre de l’énergie sur tout ce concerne mon poste : les ballons hauts, l’aspect défensif, le placement.. Tous ces petits détails m’ont permis de m’améliorer. »

Le 2e ligne de Brive Courtney Lawes est le meilleur gratteur du championnat à mi-saison.
Les Brivistes et la star anglaise Courtney Lawes, qui quittera le club la saison prochaine, sont actuellement dans une très bonne dynamique et ne veulent pas s’arrêter là. (©Icon Sport)

Aujourd’hui, Benjamin Lefranc est une arme redoutable, dans le jeu aérien notamment. Un ailier « à la Attissogbe », qui utilise un outil très spécifique avec son préparateur mental (l’entraîneur des avants de Bourg-en-Bresse, David Bégu) : la visualisation.

« Ça m’a énormément aidé », témoigne-t-il. « D’un point de vue physique, je n’ai rien changé, je n’en ai pas fait plus qu’avant, mais j’ai fait plus de visualisation. Mon prépa me donnait des exercices d’imagerie mentale, que je faisais tout seul. »

À quoi ça ressemble, l’imagerie mentale d’un ailier de Pro D2 ? « C’est se mettre dans l’environnement, imaginer Amédée-Domenech avec les spectateurs autour, une équipe en face, qu’il y a un coup de pied du 9 et visualiser quel pied d’appui je vais mettre en premier, à quel moment je vais enclencher ma course. Est-ce qu’il y a du vent ? Est-ce que je dois sauter, pas sauter ? C’est visualiser plein de petits détails qui paraissent anodins mais qui sont hyper importants pour aller chercher le ballon plus haut. »

Une table de ping-pong et 7 essais en 9 matchs

Ça a l’air de marcher, en effet… Benjamin Lefranc a inscrit 7 essais en 9 matchs, dont 3 contre… Aix-en-Provence début avril. Il se verrait bien refaire le coup samedi à Maurice-David.

Car les Brivistes sont prêts, il l’assure. Pour plusieurs raisons : ils enchaînent les résultats et installent leur jeu avec 7 victoires lors de leurs 9 dernières rencontres, dont 3 à l’extérieur (à Colomiers 10-23, à Angoulême 9-28 et à Carcassonne 28-44).

Mais ils ont aussi retenu les leçons de la demi-finale de l’an dernier : « On avait enchaîné les bons résultats et on était peut-être trop confiants. On avait pris une grosse baffe. On aura dans un coin de la tête cette défaite contre Montauban. »

Et puis, il y a un truc qui s’est passé et qui a tout changé dans ce groupe : Pierre-Henry Broncan a fait installer une table de ping-pong. « Dès qu’on le peut, on y joue entre midi et deux, toujours en doublette. D’autres font une belote à côté pendant ce temps… C’est tout con mais ce petit détail fait toute la différence. Ça a créé quelque chose », livre Benjamin Lefranc.

« C’est là où on a vraiment construit le collectif, qui s’est installé à partir du moment où Pierre a remis les choses en main. » Qu’il s’agisse de dompter les airs ou de défier ses coéquipiers au ping-pong, Benjamin Lefranc a appris à tout contrôler. Reste à valider le plus beau partiel de sa saison, ce samedi à Aix.

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