Le salon aéronautique international ILA de Berlin sera particulièrement important cette année. Le gouvernement fédéral allemand dispose d’une occasion unique d’utiliser l’aura du rendez-vous pour faire des annonces fracassantes autour de son programme de défense, dont le volet spatial sera un incontournable. Fin 2025, le ministre de la Défense Boris Pistorius a dégainé un budget sans précédent consacré à la défense spatiale : 35 Md€ à dépenser entre 2026 et 2030, soit l’équivalent de la totalité du budget demandé pour l’actualisation de la Loi de programmation militaire en France. Quelques semaines plus tard, le gouvernement a dévoilé sa première stratégie spatiale de défense pour guider les dépenses.

C’est un des points d’urgence pour l’Allemagne, qui dispose de capacités souveraines, mais en deçà des moyens français. Cependant, se reposer sur les capacités des partenaires européens ou américain est une option de plus en plus difficile à assumer au sein du gouvernement de Friedrich Merz, face à une menace russe trop proche des frontières à l’est et un soutien de la Chine et de la Russie au développement de programmes spatiaux militaires de puissances comme l’Iran ou la Corée du Nord. Les 35 Md€ avancés par Boris Pistorius font écho à l’appel français de renforcer les moyens européens au service des forces armées ukrainiennes et de la défense européenne. En France, cela passe par une future « accélération de l’usage de l’orbite basse », annoncée par Emmanuel Macron lors de ses vœux aux armées le 15 janvier 2026. La composante spatiale optique (CSO, trois satellites d’observation de la Terre à très haute résolution) est fortement mise à disposition de l’Ukraine et sera renforcée par une constellation de 10 satellites commandée récemment (voir p 34). La France va aussi recourir aux télécommunications par orbite basse avec la constellation OneWeb, aujourd’hui propriété d’Eutelsat.