Un revirement judiciaire. Airbus et Air France ont finalement été jugés coupables ce jeudi 21 mai d’homicides involontaires dans le crash du vol Rio-Paris en 2009. La cour d’appel de Paris les déclarant « seuls et entièrement responsables » de l’accident le plus meurtrier de l’aviation française.

Depuis le crash du Rio-Paris, « l’entraînement des pilotes a été modifié » pour éviter un nouveau drame

Une condamnation qui intervient 17 ans, presque jour pour jour ; après le drame qui a coûté la vie à 228 personnes dont 72 Français. Les deux sociétés ont été condamnées à la peine maximale de 225 000 euros d’amende.

Changement de pied

Le ministère public a effectué un véritable changement de pied entre les deux procès. Alors qu’en première instance il avait demandé la relaxe de la compagnie aérienne et du constructeur, le ministère public a finalement opéré un revirement au terme des deux mois du procès en appel à l’automne en demandant une condamnation. À l’issue du premier procès instance en 2023, le tribunal correctionnel de Paris avait certes relaxé les deux sociétés mais il avait reconnu néanmoins leur responsabilité civile.

Airbus et Air France se sont toujours farouchement défendus de toute responsabilité pénale. Pointant des mauvais choix faits par les pilotes dans l’urgence, le représentant d’Airbus a estimé à la barre que « les facteurs humains ont été pré-déterminants » dans l’accident.

L’accusation reprochait, elle, à Airbus d’avoir sous-estimé « la gravité des défaillances des sondes Pitot », alors que les boîtes noires ont confirmé que le givrage de ces mêmes sondes était bien à l’origine de l’accident. Air France s’est de vu de son côté reprocher le manque de formation des pilotes sur la procédure à suivre en cas de gel.

« Rien n’est venu, aucune parole de réconfort sincère. C’est une défense en granit. Un seul mot résume tout ce cirque : l’indécence », ont fustigé les deux avocats généraux dans leur réquisitoire fin novembre. « Seize années pour venir raconter n’importe quoi et nous sortir des arguments de la manche ou du chapeau, c’est inadmissible de la part d’une compagnie ».

« Cette condamnation jettera l’opprobre, un discrédit sur ces deux compagnies » et « doit résonner comme un avertissement », avait finalement cinglé l’avocat général Rodolphe Juy-Birmann.