Publié21. mai 2026, 16:27
Sortie cinéma: Almodóvar se frotte aux frictions de la fiction
En lice à Cannes, le nouveau film de l’Espagnol, avec de sublimes actrices, parle de la vie, de la mort, du cinéma: bref du pur Pedro.

La bande-annonce d’«Autofiction».
Pathé
Elsa a une migraine épouvantable. Son conjoint l’emmène à l’hôpital. Mais pas grand-chose ne la soulage. Simple mal de tête ou début des crises d’angoisse dues au décès de sa mère? Le début «d’Autofiction», le nouveau film de Pedro Almodóvar, semble parti sur une histoire un peu banale, qui ferait presque regretter au spectateur de s’être laissé embarquer dans l’aventure.
Mais l’Espagnol, pour la neuvième fois en compétition à Cannes, a plus d’un tour dans son sac à malice. L’histoire de ce couple formé par une ancienne réalisatrice culte, reconvertie à la publicité, et par un pompier strip-teaser n’est en fait qu’une fiction. C’est la visualisation du nouveau scénario d’un cinéaste renommé et homosexuel. Toute ressemblance avec Almodóvar n’est évidemment pas fortuite.
Le film navigue donc d’une réalité à l’autre. Elsa décide à son tour de se remettre au cinéma et se lance aussi dans l’écriture d’un scénario. Mais les deux réalisateurs, la fictive et le réel, s’inspirent pour cela de leur entourage et notamment de drames auxquels ces proches sont confrontés. Et cela ne plaît à ces derniers ni dans un cas, ni dans l’autre. C’est l’une des questions du film: jusqu’où peut-on profiter du malheur des autres pour son art?

Bárbara Lennie (Elsa) va se brouiller avec son amie Patricia, jouée par Victoria Luengo.
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Mais ce n’est évidemment pas le seul thème. Almodóvar parle du deuil, de l’angoisse. Il y a des chansons, forcément d’une tristesse absolue, des plans somptueux, notamment sur l’île de Lanzarote. Et encore une fois, l’Espagnol donne des rôles incroyables à des actrices magnifiques, magnifiques dans tous les sens du terme. Bárbara Lennie est fascinante dans le rôle d’Elsa, Victoria Luengo est fragile dans celui de Patricia et Aitana Sánchez-Gijón est féroce dans celui de Mónica, assistante du réalisateur de l’histoire. Sans oublier l’apparition excentrique de Rossy de Palma.
C’est du Almodóvar pur jus, avec toutes ses passions. À chaque fois que l’on croit que le film va ronronner, il nous surprend et rebondit. L’histoire est bien plus subtile qu’il n’y paraît et, à condition de se laisser embarquer dans l’univers de ce que le réalisateur appelle un anti film de Noël (le titre original est «Amarga Navidad» («Noël amer»), c’est un très bon moment de cinéma.

«Autifiction», de Pedro Almodóvar, en salles.