Le festival Hip Opsession, la Vila Ocupada, Transfert… Derrière ces événements nantais, la même équipe, celle de l’association Pick Up Production. Après vingt-six ans de programmation culturelle et artistique, elle vient de définitivement baisser le rideau. Sur la page d’accueil de son site internet, la fin du festival est annoncée, mais pas un mot sur celle de l’association. Le conseil d’administration a pourtant voté sa dissolution en avril. Une décision qui était dans l’air depuis plusieurs mois. Après le départ du directeur Nicolas Reverdito il y a un an, quatre des cinq salariés sont partis en janvier. Ne reste plus que la directrice par interim, Sandra Landat, le temps de la phase de liquidation.
En 2025, la dernière édition d’Hip Opsession, déjà, n’avait plus la même ampleur, la suppression des subventions de la Région (34 000 €) n’ayant sans doute pas aidé. Une équipe à bout de souffle ? Elle avait, en tout cas, décidé de passer la main pour 2026. Pick Up n’en sera plus l’organisateur mais le festival continuera d’exister, assurait alors l’ex-président de Pick Up Production, David Martineau, ancien adjoint à la culture à Nantes et conseiller départemental. Mais aucun repreneur ne s’est déclaré.
Un autre fait est sans doute venu plomber l’association : un membre de l’équipe organisatrice a été accusé de violences sexistes et sexuelles en marge de l’édition 2025 d’Hip Opsession. On avait pris notre décision bien avant, assure Sandra Landat. Les raisons de la dissolution, dit-elle, sont multiples. Notre raison d’être, au départ, c’est vraiment la valorisation de la culture hip-hop, qu’elle soit reconnue comme une culture à part entière. Aujourd’hui, le rap est présent partout, la danse est invitée sur les plateaux des grandes salles, les graffitis s’invitent dans les galeries… Notre mission a été remplie.
Créativité bouillonnante

La Vila Ocupada, investie par des artistes (ici l’Espagnol Pelucas) invités par Pick Up production pendant l’été 2014. Archives Ouest-France
Pick Up Production a joué les précurseurs bien au-delà de la sphère du hip-hop. Depuis sa création en 1999, l’association a été aussi synonyme de créativité bouillonnante et d’expérimentations artistiques à la nantaise. Les exemples ne manquent pas : la Villa Ocupada, en 2014, pour le Voyage à Nantes où 2 000 m2 de bureaux abandonnés et voués à la démolition sont transformés en squat artistique par des graphistes internationaux. Entrez libre, une expo éphémère, en 2017, dans l’ancienne maison d’arrêt, qui s’apprêtait à être transformée en programme immobilier haut de gamme.

Pendant l’été 2017, Pick Up Production avait convié des artistes à peindre dans l’ancienne maison d’arrêt de Nantes. Archives Ouest-France
Puis Transfert, lieu artistique expérimental sur le site des anciens abattoirs de Rezé, pendant cinq saisons d’été à partir de 2018. Pour cette zone d’art libre et de culture, le directeur Nicolas Reverdito et son équipe voient grand. Veulent tâter de la sociologie, expérimenter comment la culture peut participer au projet urbain. L’asso passe de cinq à quinze salariés permanents et gère, via une convention, des subventions publiques s’élevant à 2,5 millions d’euros, auxquelles s’ajoutent 4,3 millions de budget de fonctionnement. À la fin de l’été 2022, ce chapitre éphémère se referme sur un bilan mitigé.

Le site de Transfert à Rezé, lors la première saison en 2018. Ouest-France
Depuis ? Plus de gros projets. Et une année 2025 pas simple. Il y a eu un faisceau d’éléments qui nous ont amenés à arrêter, résume Sandra Landat. Le départ du directeur historique, plus de locaux, l’effet rebond des coupes budgétaires qui a amené l’arrêt du projet de Maison de la danse, prévue pour 2028 sur l’île de Nantes. On s’est posé des questions sur notre raison d’être, notre volonté de nous redéployer ou pas. On a choisi d’arrêter en estimant avoir accompli notre part. Sans amertume ? L’équipe jure que oui. L’avenir est assuré. On a enfoncé des portes, ouvert des brèches. La relève est en place. C’est une fin sereine. De son côté, la Ville de Nantes dit travailler à l’avenir d’un événement hip-hop.