Ces dernières saisons, les Irlandais du Leinster, tout comme les Girondins, brillent par leur capacité à transformer en essais des pénalités jouées à la main dans les cinq mètres adverses. Le secteur pourrait donc logiquement s’avérer une des clés de cette finale…

Les grands matchs se jouent souvent, c’est bien connu, sur des détails. À savoir, une incursion en zone de marque conclue en points, quand l’autre équipe n’y parviendra pas, ou vice versa. À ce titre, dans un rugby moderne où l’on tente de moins en moins de pénalités, c’est peut-être moins la réussite des buteurs qui fera la différence au stade San Mamés de Bilbao, mais bien la capacité des équipes à marquer leurs « pénaltys ». À savoir ces pénalités à cinq mètres de l’en-but qu’elles choisiront non pas de taper en touche, mais de jouer à la main… Pourquoi ? Tout simplement parce que si cette arme doit faire partie de l’arsenal de n’importe quelle formation de haut niveau, force est de constater qu’à l’heure actuelle, le Leinster et l’UBB ne sont guère concurrencés que par le Stade Toulousain quant à leur efficacité dans ce genre de situations. Leurs demi-finales respectives l’ayant amplement prouvé…

Capture A

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Sur pénalité à cinq mètres, l’UBB ne s’embarrasse pas de manières et envoie son meilleur porteur de balle Ben Tameifuna défier la défense de Bath en « frontal », dans le but de se rapprocher le plus possible de la ligne d’en-but, tout en puissance.

Capture B

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C’est sur le deuxième temps que les Girondins cherchent à apporter de l’incertitude, avec le joueur en tête de cellule (ici Woki, cercle rouge) qui rentre sa course et passe à vide pour permettre au « moins » Coleman de passer dans son dos (flèche jaune) pour se rapprocher des poteaux.

Capture C

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À moins d’un mètre de la ligne, les avants girondins continuent de travailler dans le sens, en gardant deux options : le « pick and go » ou la passe courte, pendant que le maestro Matthieu Jalibert (cercle blanc) scanne le terrain à l’affût d’une opportunité.

Capture D

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Il ne sera toutefois pas nécessaire de sortir le ballon puisque Tameifuna (cercle orange), qui a fait l’effort de se replacer dans le sens pour être servi, soutenu par Vergnes-Taillefer. La puissance frontale des avants girondins suffisant à faire plier Bath dans ce bras de fer, comme souvent.

Le plus remarquable, dans l’histoire ? C’est que s’ils présentent la même philosophie globale, Girondins et Leinstermen utilisent des atouts complètement différents sur ces formes de jeu. En effet, en ce qui concerne Bordeaux, c’est avant tout sur la puissance pure des gros porteurs que sont les Tameifuna, Gazzotti, Coleman et autres Lamothe que l’UBB s’appuie pour remporter les bras de fer, avec finalement très peu de variations dans leurs relances de jeu. Le Leinster, moins puissant, s’appuie de son côté sur la vitesse de ses avants pour porter du danger pas forcément par le biais d’un jeu frontal, mais de leurres et d’illusions visuelles pour lesquelles ils profitent à plein de la vista de leur demi de mêlée Jamison Gibson-Park, probablement la référence mondiale à l’heure actuelle dans sa capacité à gérer ce genre de situations.

Capture 1

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De son côté, le Leinster se veut plus « inventif » sur ses pénalités, afin d’utiliser la vitesse de ses avants plutôt que leur puissance. C’est ainsi que Sheehan fait d’abord mine de jouer lui-même, pour mieux se décaler avec son bloc d’avants vers la gauche, afin de laisser Gibson-Park à la manoeuvre.

Capture 2.

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Gibson-Park ne joue pas pour son bloc d’avants mais le saute pour son numéro huit Doris, qui a pris quelques mètres de profondeur (flèche rouge). Un risque face à la pression de la défense du RCT ? Oui, mais calculé. Car Van der Flier (cercle jaune), caché derrière Porter, attend son heure…

Capture 3

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En effet, Doris ne va pas défier comme s’y attendent les Toulonnais, à l’image d’Ollivon qui monte en pointe sur lui (flèche noire). Au contraire, le numéro 8 utilise la profondeur prise au préalable pour lever le ballon en pivot (cercle rouge) pour Van der Flier (flèche jaune).

Capture 4.

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Arrivé avec énormément de vitesse dans l’intervalle bien involontairement ouvert par la montée d’Ollivon, Van der Flier peut alors s’infiltrer entre Sinzelle et Ribbans pour inscrire un essai significatif de la variété des options irlandaises sur leurs pénalités jouées à la main.

Tameifuna-Van der Flier, les hommes-clés

Toutefois, au-delà du duel que l’international irlandais livrera à son vis-à-vis Maxime Lucu, ce sont bien deux autres joueurs qui s’avéreront cruciaux lors de cette finale. On parle ici du pilier de l’UBB Ben Tameifuna et du troisième ligne du Leinster Josh Van der Flier, qui sont les éléments clés de leurs équipes sur ces situations de pénalité à cinq mètres.

Capture I

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Sur cette deuxième occasion proche de la ligne, les Irlandais utilisent la même animation, avec Sheehan qui se décale avec son bloc en direction des poteaux (flèches blanches). À noter que cette fois Van der Flier (cercle jaune) n’est pas caché derrière Doris, mais derrière le bloc d’avants.

Capture II

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Cette fois, Gibson-Park ne saute pas son bloc d’avants mais l’envoie directement au défi (flèche blanche), dans le souci de varier et de faire se poser des questions à la défense toulonnaise, qui va logiquement croire à un bras de fer en bordure du ruck.

Capture III

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Sauf que là encore, il s’agissait d’un leurre… Une fois le ruck sécurisé, si deux avants arrivent bien liés sur la bordure pour faire mine d’être servis, Van der Flier va en réalité allonger la passe pour son centre Osborne (flèche jaune), susceptible de servir en pivot l’arrière Keenan (flèche rouge).

Capture IV

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Si un léger « bug » vient perturber l’exécution (un toulonnais touchant le ballon sur la passe de Van der Flier), la manœuvre aboutit puisque le ballon parvient in fine à Ringrose (cercle orange), qui peut contourner la défense grâce au travail préalable des siens, qui avait bien resserré la défense.

En effet, c’est évidemment autour de la puissance de Big Ben et de son incroyable capacité à remporter des collisions que l’UBB a bâti son organisation lorsqu’il s’agit de pousser fort, notamment dans les moments clés autour de l’heure de jeu. Fatalement, celui-ci sera visé par une surveillance accrue des Leinstermen, comme le sera Van der Flier par les Girondins. En effet, à l’analyse vidéo, il apparaît patent que le meilleur joueur du monde 2022 est au cœur du réacteur irlandais, son prépositionnement dictant pratiquement à lui seul quelle forme de jeu son équipe va adopter, en jouant en leurre autour de Doris ou en bordure des rucks. Autant dire qu’il s’agira pour l’UBB de le surveiller comme le lait sur le feu et de tenter d’anticiper sa défense en conséquence…