« Cette nouvelle situation ne me permet pas de gagner ma vie. En ne jouant qu’une heure par jour, c’est impossible », s’alarme Rodrigue Pailhes, chanteur dans les rues de Rennes depuis plus de 30 ans. Objet de son inquiétude : un arrêté publié le lundi 4 mai par la mairie de Rennes. Il stipule qu’un artiste performant dans la rue ne doit pas rester plus d’une heure au même emplacement. Il ne peut pas non plus donner deux prestations similaires au même emplacement, dans la même journée. Et doit également se déplacer de 200 mètres minimum pour son prochain spectacle.
« Je combattrais de toutes mes forces »
« Je chantais dans la rue le Bastard 5 heures par jour, 5 jours par semaine et maintenant je passe à une heure par jour » détaille Rodrigue. « J’aimerais que la mairie reconnaisse son erreur et qu’ils reculent, ils ont pris une décision sans en mesurer les conséquences » explique-t-il. La municipalité indique que les nouvelles règles donnent suite à des plaintes régulières d’habitants et de commerçants qui considèrent les spectacles trop forts ou répétitifs.
Le 14 mai, l’artiste écrit une lettre ouverte à la maire de Rennes, Nathalie Appéré. Exprimant sa colère, l’artiste dénonce ce qu’il estime être une injustice : « Les insultes, les menaces, les humiliations, les crachats de riverain du haut de leur fenêtre, je connais bien tout ça. Vous agissez de manière honteuse et lâche en décidant de virer celui qui se fait cracher dessus. Il va de soi que je le combattrais de toutes mes forces. » Rodrigue Pailhes a également lancé une pétition qu’il fait signer dans la rue ou en ligne. Elle a déjà reçu plus de 2 000 signatures en ligne.
« Une décision inutile et méchante »
Une colère partagée par Solal, un accordéoniste de la rue Vasselot. Qui tient tout de même à nuancer. « Elle donne juste plus de recours aux riverains et commerçants si on fait trop de bruit mais ça fait quelques années que je joue ici et avec les commerçants on s’est arrangés. Dans l’esprit c’est une décision inutile et méchante. Malheureusement, on ne peut pas changer son répertoire tous les jours. »
Des avis mitigés
Dans le centre historique, les vendeurs et vendeuses affichent des avis mitigés. « Ça apporte de la vie et de l’ambiance dans la rue, c’est sympa surtout les jours où il y a de l’animation dans le centre-ville », estime un commerçant de la rue le Bastard. « Les artistes de rue sont loin d’être dérangeants, au contraire j’adore leur musique, déclare une vendeuse de cette même rue. Et Rodrigue, c’est un monument ! »
Mais les avis changent en fonction de leur proximité au musicien. Plus les commerçants sont proches des artistes, plus ils sont contents de la décision de la mairie. « Les mêmes musiques pendant des heures, ça nous soûle. On comprend qu’ils essayent de gagner leur vie mais pour les personnes qui vivent au-dessus, ça peut être fatigant », tranche une commerçante. Un peu plus loin, une autre vendeuse appuie : « C’est une bonne nouvelle puisque pour certains ils ne changent pas de musique, à force c’est lassant. »