Sous un soleil de plomb et une chaleur presque andalouse, Vic-Fezensac vit pleinement son deuxième jour de feria. Ce samedi après-midi, le thermomètre a flirté avec les 35 degrés et, malgré la chaleur écrasante, la fête bat son plein.
Les bars et les bodegas ont installé les brumisateurs pour tenter d’adoucir l’air brûlant. On boit des bières fraîches, mais aussi beaucoup d’eau pour tenir le rythme.
À quelques mètres de là, à l’intérieur de la Maison bleue, une immense tablée s’est formée. On mange, on plaisante, on chante. Les musiciens de Piston Circus ont posé leurs instruments quelques instants avant de repartir animer les rues.

Piston Circus à la Maison bleue samedi en attendant la finale de rugby.
DDM – SEBASTIEN LAPEYRERE
« Ça fait cinquante ans qu’ils viennent »
À quelques minutes du coup d’envoi de la finale de la Coupe d’Europe de rugby opposant l’Union Bordeaux Bègles au Leinster, l’ambiance monte d’un cran. C’est le moment choisi par Pierre Arnaud pour raconter une histoire qu’il connaît par cœur, celle d’une amitié née il y a un demi-siècle entre les habitants de Vic et les étudiants musiciens de la fanfare Piston Circus.
Tout commence en 1975, lorsque des étudiants de l’École centrale de Châtenay-Malabry débarquent dans le Gers avec leur fanfare. À l’époque, ils sont une quinzaine. Face à eux, des jeunes Vicois passionnés de musique, dont Pierre Arnaud, montent eux aussi leur propre groupe : les « Canetons », héritiers des « Canards », une formation locale déjà connue dans la région.
« Il y a eu une osmose entre les intelligents qu’ils étaient et les imbéciles que nous étions », plaisante le Vicois. « On a sympathisé, ils sont revenus, et ils ne sont jamais repartis vraiment », sourit Pierre Arnaud.
L’histoire prend une autre dimension en 1976. Cette année-là, pour le bicentenaire des États-Unis, plusieurs fanfares étudiantes françaises organisent un grand voyage outre-Atlantique. Les Vicois sont intégrés au mouvement.
« On est partis aux États-Unis avec les fanfares des Beaux-Arts. À partir de là, on a toujours gardé ce lien avec toutes ces bandas étudiantes. »
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Depuis, Piston Circus revient chaque année à Vic. Ou presque. « Ils n’ont manqué aucune édition, sauf pendant le Covid. Ça fait cinquante ans qu’on les accueille, qu’on les loge, qu’on les nourrit. Maintenant, ce sont des amis, de la famille presque. »
Une histoire de fidélité
Autour de la table, plusieurs générations de musiciens se mélangent. Certains sont là depuis des décennies, d’autres découvrent tout juste l’ambiance vicoise. Mais tous parlent de Vic comme d’un rendez-vous incontournable.
« Vic, c’est inscrit dans l’agenda d’une année sur l’autre », explique Fronza, membre historique de Piston Circus, arrivée dans l’aventure dès 1976.
Fauchette, elle, était là dès 1975, la seule encore présente depuis le premier jour. Elle se souvient encore de ses débuts. « Je faisais une école d’ingénieurs à côté de Centrale. Un jour, ils m’ont dit : ‘Prends un trombone.’ Et c’est comme ça que tout a commencé. » Depuis, elle revient chaque année dans le Gers.

Depuis 50 ans, la fanfare Piston Circus animent les rues de Vic-Fezensac pour la feria.
DDM – SEBASTIEN LAPEYRERE
Le nom « Piston » vient d’ailleurs du surnom donné aux élèves de Centrale. Avec le temps, les promotions se succèdent, certains musiciens quittent le groupe, d’autres le reforment, mais l’esprit demeure intact. « On n’est pas sous contrat. On vient uniquement par amour », ajoute Caga, membre de la fanfare depuis des décennies.
Sur les murs de la Maison bleue, des affiches, photos et coupures de presse retracent aujourd’hui cette épopée musicale. Une exposition rétrospective consacrée aux cinquante ans de Piston Circus permet aux festayres de mesurer le chemin parcouru.
Cette année encore, les musiciens de Piston Circus vont multiplier les prestations. Concert sur la grande scène vendredi soir, animations dans les rues, rendez-vous devant les arènes après la novillada du matin dimanche… Plus d’une centaine de musiciens devraient se retrouver devant les arènes pour un grand moment de musique et de retrouvailles.