Dans les allées de Longchamp (1er), c’est « la » question qui anime depuis des mois les conversations entre maîtres : dans le cadre du vaste réaménagement du parc engagé par la Ville – et dont la végétalisation a déjà transformé la physionomie — que va devenir le caniparc ? Cet espace clos unique en centre-ville permet pour l’heure aux chiens, sur 6 000 m², d’évoluer en liberté (1). Un équipement qui s’avère également, à l’usage, le « support d’une mixité – finalement assez rare – d’un grand nombre de catégories sociales d’abord, et entre humains et animaux » avait documenté les étudiants chercheurs de l’Atelier 4-5. Mais poussiéreux et mal entretenu, il a déjà vu sa surface amputée de plusieurs zones, en attente de travaux. « On se retrouve envahis d’épillets, très dangereux pour les chiens », se désole Ambre, pet-sitteuse et habituée des lieux.

Horaires adaptés

Pour Armelle, pilier du collectif « Nos chiens, notre ville » – Marseille en compterait désormais près de 55 000, un nombre qui a triplé en cinq ans – il faut faire entendre la voix de ceux qui restent « les premiers utilisateurs » du parc Longchamp, à savoir les maîtres de ces toutous, qui le fréquentent plusieurs fois par jour. Créé il y a un an, le collectif multiplie en ce sens les rendez-vous avec la nouvelle équipe municipale, afin de « porter une parole unifiée, qui ne concernerait pas seulement Longchamp » mais bien tous les espaces verts marseillais. « Nous demandons que 10% de la surface de chaque parc puisse être dédiée aux chiens, c’est-à-dire clos, équipé en fontaines », expose Armelle, qui a planché sur le sujet. Ainsi, au parc du 26e Centenaire (10 ha), pour l’heure interdit aux animaux, ce caniparc pourrait prendre la forme plus gérable de « trois espaces distincts » permettant une bonne cohabitation entre tous les usagers. La modification de la réglementation municipale pourrait également s’appuyer sur « des horaires où les chiens pourraient être promenés sans laisse », tôt le matin et le soir ; des textes qui pourraient aussi s’appliquer à certaines plages, comme celle mitoyenne de la base nautique du Roucas-Blanc (7e). « D’autres villes l’ont fait, en France ou en Europe », rappelle Armelle, « alors pourquoi pas Marseille ? Le regard des gens peut changer sur les chiens, qui sont encore trop vus comme une nuisance. »

« Des pistes mais aussi des résistances »

Alors que se développe localement tout un écosystème économique autour du chien et de ses défenseurs (éducateurs canins, coffee-shops, crèches canines, etc.), Nina Palomba, venue du Parti animaliste, la nouvelle conseillère municipale déléguée à la condition animale, entend ces arguments. « La place du chien en ville est un enjeu important de ce mandat, car on se rend compte que pour de plus en plus de gens, l’animal est un véritable membre de la famille, avec qui on a une relation très forte », approuve-t-elle. La question du « partage de l’espace public », de la cohabitation harmonieuse entre les uns et les autres a pris du retard à Marseille mais va, en juin, faire l’objet de réunions entre les services et élus concernés (animaux, parcs et jardins, mer), indique Nina Palomba, qui a déjà reçu « Nos chiens, notre ville ». « Il y a des pistes d’amélioration mais également des résistances », constate la jeune élue. Dans le dernier classement publié par la Fondation 30 millions d’amis, Marseille était classée 31e des villes françaises (avec une note de 9,1/20) où il fait bon vivre avec un chien.