Une, deux, trois gorgées suffisent à Gabriel Attal pour finir sa bière. Il n’est pas encore neuf heures, ce samedi. Cela peut paraître tôt pour débuter l’apéritif, mais il est en campagne. « Pied au plancher ! », souligne son entourage. Alors, il ne refuse aucune sollicitation : poignées de main, selfies, dégustations. Un exercice qu’il connaît et affectionne particulièrement, et qui lui permet de rappeler à ceux qui l’auraient oublié la popularité dont il jouit encore depuis son passage à Matignon en 2024.
Deux heures plus tôt, il était déjà attablé. Au menu : charcuterie locale et fouace, une brioche ronde épaisse comme une meule de pain. Au loin résonnent les cloches des vaches qui convergent, troupeau après troupeau, vers la place principale de Saint-Geniez, village rural préservé de l’architecture moderne. « C’est la 29ème édition de la transhumance », lui apprend-on. « On vous donne rendez-vous pour la 30ème, l’année prochaine ? » Couvert par la musique — « les pouces en avant, les coudes en arrière, et tchic et tchac, et tchic et tchac, et tchic et tchac, han-han » —, Attal, en bras de chemise, avance : « Si je suis élu, je vous fais la promesse de revenir dans un an ! »
Une campagne à la Chirac
Conscient de ne pas figurer, à ce stade, parmi les favoris, il entend se démultiplier dans les prochaines semaines. « C’est le début de notre caravane du Tour de France », lance un cadre de sa campagne. Ce matin dans l’Aveyron, au contact des habitants ; ce soir à Paris, pour son premier grand entretien de candidat au journal de 20 heures de TF1. Un classique. « Sans vouloir être dans le mimétisme », comme il l’affirme lui-même à Paris Match, Attal s’inspire néanmoins d’un ancien vainqueur à la présidentielle : Jacques Chirac. La semaine dernière, il confiait déjà à la Tribune Dimanche : « Je regarde beaucoup sa campagne de 1995. Il partait de loin au départ, mais a su déjouer tous les pronostics en parlant au cœur des Français. »
Il y a une certaine violence qui vient de s’installer chez Horizons, et qui, pour moi, n’est pas anodine
Un lieutenant d’Attal
Référence au duel fratricide entre celui qui bénéficiait alors du soutien de son parti, le RPR, et Édouard Balladur, que l’on donnait largement favori grâce à sa popularité dans l’opinion publique. Une configuration que certains rapprochent déjà de celle qui pourrait opposer, cette année, Gabriel Attal à Édouard Philippe. Car si, dans l’entourage du secrétaire général de Renaissance, on insiste sur le fait que ses adversaires sont d’abord le Rassemblement national et La France insoumise, il n’en demeure pas moins que l’attention reste largement focalisée sur la campagne du maire du Havre. « Il y a une certaine violence qui vient de s’installer chez Horizons, et qui, pour moi, n’est pas anodine », glisse, sur un ton faussement détaché, l’un des lieutenants d’Attal.
Face à Philippe, sa première bataille
Sans qu’il y ait eu de « deal » formalisé entre eux, ils ont, soutient le secrétaire général de Renaissance, « partagé un esprit de responsabilité » lors d’un dîner en février dernier. Comprendre : l’idée qu’à terme, l’un se rangera derrière l’autre.
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Dans cette perspective, un « comité de liaison » réunissant les différentes sensibilités du bloc central a été mis en place en avril, sous l’impulsion de Gabriel Attal. « Il y a trop de candidats », lui fera-t-on remarquer à plusieurs reprises lors de son déplacement dans l’Aveyron. « On va se rassembler », répondra l’ambitieux au détour d’une déambulation sur le marché de Rodez, ce même samedi. Avant d’ajouter : « Si l’on veut gagner, il faut mener une campagne optimiste, adossée à un projet. Dire qu’on est contre les extrêmes ne suffit pas à faire un programme. Il faut être clair sur cette question, mais ce n’est pas suffisant. »
Lors de son premier meeting au parc des expositions, porte de Versailles, le candidat dévoilera « de premières grandes orientations, sans entrer dans le détail de ce qu’il propose », indiquent ses équipes. Son triptyque : fermeté, sécurité, travail. Des marqueurs sur lesquels les différences avec son concurrent du centre pourraient, à ce stade, apparaître limitées.

Gabriel Attal en train de finir sa bière devant le bar du centre, à Saint-Geniez (Aveyron), ce samedi matin.
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« Oser, c’est mon mantra dans la vie »
C’est aussi pour cela qu’il mise beaucoup sur l’incarnation. D’où ce style « à la Chirac », parfois un peu surjoué, mais qui semble opérer. L’accueil réservé lors de ces premiers jours de campagne pourrait, à cet égard, susciter des envies chez ses adversaires. « On est content de vous voir en vrai », ou d’autres formules du même type, lui sont régulièrement adressées par des habitants visiblement heureux d’échanger, ne serait-ce que quelques instants, avec lui. Cet enthousiasme se traduira-t-il ensuite dans les enquêtes d’opinion, pour lui permettre de s’imposer au centre, puis dans les urnes, pour l’emporter au second tour ? La question reste ouverte.
Ce matin, lors de sa déambulation, une femme, la cinquantaine, n’osant fendre la foule qui l’entourait pour obtenir un selfie avec lui, finira par se lancer. « J’ose ! » Et Attal de lui répondre, du tac au tac : « Oser, c’est mon mantra dans la vie ».