Romain Pasquier est politologue. Il revient pour Bretons sur les résultats du Rassemblement national lors des dernieres élections municipales en Bretagne.
La modération bretonne existe-t-elle encore, quand on voit que le RN a fait élire une vingtaine de conseillers municipaux dans la région ?
Le score du RN était très haut aux dernières européennes, ainsi qu’au premier tour des législatives de 2024. Mais les municipales sont beaucoup plus difficiles pour le RN : il faut trouver des candidats. Ce n’est plus seulement un vote de protestation, mais un vote d’affichage local. Et le résultat est très mitigé pour le RN en Bretagne. Il y a une forme d’exception bretonne, sans point de fixation qui pourrait ensuite faire tache d’huile, contrairement à ce qu’il peut y avoir dans les Hauts-de-France ou même dans les Pays de la Loire, où le RN a remporté La Flèche. En Bretagne, il n’y a toujours aucun député, sénateur ou maire RN. Cela ne veut pas dire que cela ne monte pas : on le voit à Lannion, à Fougères, dans des territoires marqués par des crises économiques…
Qu’est-ce qui explique cette progression ?
Il y a en Bretagne des campagnes qui se sentent délaissées, sur les questions de mobilité, de déserts médicaux, de vieillissement de la population. Avec une peur de l’immigration. Les campagnes bretonnes changent. Les découpeurs d’ailes de poulet ne sont plus Bretons mais Comoriens, Roumains… Alors que jusqu’ici la Bretagne n’avait pas été une terre d’immigration. Donc il ne faut surtout pas regarder Rennes et Nantes. Il faut aller sur la route de l’agro breton, celle de la mondialisation, des emplois mal payés, des horaires difficiles, des personnes fragilisées économiquement et parfois physiquement.
Malgré tout, perdure en Bretagne une empreinte démocrate-chrétienne, cette sorte de république laïque attachée à la dignité, au respect de la personne, à la solidarité et à l’ouverture à d’autres cultures. Avec un milieu associatif très dense, ce qui constitue un gros amortisseur social et facteur d’intégration.