Leur seul point commun ? « Ils étaient des coureurs extrêmement assidus », pointe le spécialiste, codirecteur du programme de cancérologie gastro-intestinale à l’hôpital Inova Schar Cancer de Fairfax, en Virginie, dans les colonnes du Washington Post. En effet, ces patients participaient régulièrement à des ultramarathons de 160 kilomètres ou à plusieurs marathons et semi-marathons chaque année.
15 % des coureurs présentent des polypes « avancés »
Pour lancer son étude, publiée dans la revue Cancer Epidemiology, il a fait subir une coloscopie à 94 coureurs de l’extrême, âgés de 35 à 50 ans. Chacun avait couru au moins cinq marathons ou deux ultras – c’est-à-dire toute course d’une distance supérieure à un marathon standard de 42,2 km. Résultat : près de la moitié des personnes testées présentaient des polypes – des tumeurs bénignes, sous la forme d’excroissances dans la muqueuse intestinale – dans le côlon. Or, certains d’entre eux, indique Timothy Cannon, sont susceptibles d’évoluer en cancer – 15 % des coureurs présentant des polypes « volumineux et avancés ».
Le nombre de morts du cancer pourrait encore s’accélérer d’ici 2050, selon une étude
Dans le détail, le nombre de polypes, et notamment de polypes « avancés », observé chez eux était beaucoup plus élevé que ce qui est généralement observé lors des coloscopies de dépistage chez les adultes approchant la quarantaine. L’incidence dans ce groupe d’âge se situe entre 1,2 et 6 %.
Des résultats qui semblent entrer en contradiction avec d’autres études pointant les effets bénéfiques de la course. De manière générale, l’activité physique est reconnue pour réduire le risque de développer un cancer, et notamment celui du colon. À titre d’exemple, le manque d’activité physique est responsable de 18 % des cancers du côlon chez l’homme et 20 % chez la femme, 21 % des cancers du sein et 26 % des cancers de l’endomètre, comme le rappelle la Ligue contre le cancer sur son site.
Par ailleurs, une étude internationale publiée l’an dernier dans The New England Journal of Medicine a démontré que l’exercice physique protège également contre la récidive du cancer colorectal. Après un suivi médian de 7,9 ans, le risque de nouveau cancer, de récidive ou de décès, diminue de 28 % dans le groupe actif ayant suivi un programme d’activité physique sur trois ans.
Des résultats « préliminaires »
Toutefois, la pratique régulière d’un marathon ou, pire, d’ultramarathons, s’avère totalement différente en termes d’efforts comme d’effets sur notre santé. Dans ce genre de situations, « le corps détourne le sang de l’intestin » pour le diriger vers les muscles sollicités par la course, notamment dans les jambes, explique Timothy Cannon.
Ainsi privées de sang et d’oxygène, les cellules intestinales peuvent mourir et la muqueuse intestinale, devenir perméable. S’ensuit une irritation intestinale chez les marathoniens, qui sont d’ailleurs régulièrement sujets aux nausées, vomissements, crampes, diarrhées ou saignements anaux pendant et après de longues séances d’entraînement et des compétitions.
Par la suite, lors de la réparation tissulaire, les cellules intestinales peuvent se multiplier rapidement et intensément, augmentant ainsi les risques de mutations et, à terme, de polypes et de cancer. Pour Amy S. Oxentenko, gastro-entérologue, vice-doyenne de la pratique clinique à la Mayo Clinic de Rochester (Minnesota), s’il s’agit d’une analyse « passionnante », elle se veut toutefois rassurante. « Soyons réalistes. C’est une étude de très petite envergure, et les résultats sont, au mieux, préliminaires. Les coureurs ne doivent pas s’inquiéter. Il reste encore beaucoup à apprendre », affirme-t-elle, au Washington Post.
Dans l’objectif de préciser et d’affiner ses résultats, l’oncologue a prévu de réaliser une étude beaucoup plus vite, en recrutant 300 coureurs de l’extrême. En parallèle, le chercheur souhaite étudier des triathlètes et des cyclistes de compétition, afin de déterminer si la course à pied extrême en elle-même, ou un effort physique extrême en général, prédispose aux polypes.