Par

Julian Picot

Publié le

26 mai 2026 à 18h27

Dans le pays de Vitré (Ille-et-Vilaine), Cyril, éducateur canin de 52 ans, ne s’attendait pas à devenir l’un des plus gros collectionneurs du territoire. Jusqu’au jour où son fils Nathan rentre de l’école avec sa première carte Pokémon. Une passion, un business, ou une drogue ? Cet engouement pour les créatures de Nintendo fédère les générations et ne cesse de prendre de l’ampleur.

« Mon fils m’a transmis sa passion »

Il y a trois ans, Nathan, son fils de 7 ans, est rentré de l’école avec ses premières cartes Pokémon, enfouies au fond de son cartable.

« Je connaissais de nom, mais je ne m’y étais jamais intéressé », reconnaît le père de ma famille, également collectionneur de fèves depuis 40 ans.

« Ils s’échangeaient des fausses cartes dans la cour de récréation. On a commencé à s’y intéresser et à se prendre au jeu, jusqu’à en faire une collection », se rappelle Cyril.

Un seul dicton en tête : « Attrapez-les tous ! », enfin les plus chères si possible.

Dans le pays de Vitré (Ille-et-Vilaine), Cyril, éducateur canin de 52 ans, ne s'attendait pas à devenir l'un des plus gros collectionneurs du territoire.
Dans le pays de Vitré (Ille-et-Vilaine), Cyril, éducateur canin de 52 ans, ne s’attendait pas à devenir l’un des plus gros collectionneurs du territoire. ©Julian Picot

Depuis, le duo père fils écume les vide-greniers, les bourses d’échange, les magasins spécialisés et les plateformes de vente comme Vinted.

Quelques années plus tard, père et fils sont devenus des fins connaisseurs, parmi les plus grands collectionneurs de cartes Pokémon du pays de Vitré. Leur collection, estimée entre 25 000 et 30 000 cartes, est chiffrée à près de 40 000 euros.

On aime la surprise et attraper des cartes très chères.

« Mon fils m’a transmis sa passion. On devient fou ensemble quand on ouvre des boosters [un paquet scellé de 10 cartes aléatoires, N.D.L.R] », confie l’éducateur canin de métier.

« Ma plus grosse carte vaut 1 000 €»

Un rituel familial s’est même invité sur le canapé à l’intérieur du salon : « On ouvre en famille. Ma femme à ma gauche avec un paquet, mon fils à ma droite avec le sien et moi au milieu. »

L’une des premières grandes cartes obtenue par Cyril et son fils est Reshiram blanc flamme blanche. Elle ne vous dit sûrement rien, pourtant, elle est chiffrée aux alentours de 230 € sur le marché.

Et c’est loin d’être la plus chère de sa collection : « Ma plus grosse carte est Dracaufeu. Elle vaut près de 1 000 €. Un juge l’a scellé. Elle ne bougera plus. »

Dans le pays de Vitré (Ille-et-Vilaine), Cyril, éducateur canin de 52 ans, ne s'attendait pas à devenir l'un des plus gros collectionneurs du territoire.
Dans le pays de Vitré (Ille-et-Vilaine), Cyril, éducateur canin de 52 ans, ne s’attendait pas à devenir l’un des plus gros collectionneurs du territoire. ©Julian Picot

Plusieurs détails entrent en compte pour définir la valeur d’une carte : sa rareté, son état et son dessinateur, principalement.

Les deux collectionneurs regardent les moindres défauts et à la moindre rature, la valeur de la carte dégringole. « C’est un travail très minutieux. C’est plus un business qu’une collection », reconnaît le père de famille.

Chaque mois, Cyril achète pour 300 à 400 euros de cartes Pokémon, soit près de 5 000 euros par an. Pour cause : le prix d’un booster varie de 6,90 € pour le bas de gamme à plus de 40 € pour les côtés, promettant des cartes plus rares à la clé.

Il avoue même être « capable d’aligner 4 000 € pour une carte ». Les plus vieilles cartes peuvent grimper à plusieurs millions d’euros.

Une passion qui peut coûter cher et derrière laquelle se cachent des dérives que reconnaît volontairement Cyril.

Cyril et son fils, Nathan, sont parmi les plus grands collectionneurs de cartes Pokémon du pays de Vitré (Ille-et-Vilaine).
Cyril et son fils, Nathan, sont parmi les plus grands collectionneurs de cartes Pokémon du pays de Vitré (Ille-et-Vilaine). ©Julian Picot« Un jeu pour enfants devenu un business pour adultes »

« Mon fils regarde le marché des cartes Pokémon tous les jours. Ce n’est même plus le plaisir de la carte, c’est combien elle coûte ? Dès qu’il n’a pas de grosses cartes, il boude », confie l’éducateur canin.

Une pratique « un peu malsaine » qu’il qualifie même de « drogue » par moments.

« On va toujours acheter un paquet pour avoir la plus grosse carte, et si on ne l’a pas, on va en acheter un autre pour être sûr de l’avoir », confesse Cyril, conscient du « cercle vicieux » dans lequel lui et son fils sont tombés.

Dans le pays de Vitré (Ille-et-Vilaine), Cyril, éducateur canin de 52 ans, ne s'attendait pas à devenir l'un des plus gros collectionneurs du territoire.
Dans le pays de Vitré (Ille-et-Vilaine), Cyril, éducateur canin de 52 ans, ne s’attendait pas à devenir l’un des plus gros collectionneurs du territoire. ©Julian Picot

Le marché des cartes Pokémon fonctionne sur le même principe que la bourse : il connaît des fluctuations en fonction de l’offre et la demande. Et la demande explose lorsqu’un influenceur s’empare du sujet.

« Il y a eu un énorme engouement il y a trois ans lors de la sortie d’une nouvelle évolution de cartes. Les influenceurs, que ce soit sur Youtube ou TikTok, s’en sont emparés, et c’est devenu une folie », explique le père de famille.

Une folie qui se traduit parfois à l’ouverture des magasins, le lieu idéal pour dénicher les nouveautés : « Nous avons déjà fait la queue plusieurs heures à l’ouverture d’une grande surface pour capturer les plus belles cartes. J’ai déjà vu des adultes se battre pour une carte. »

Une fois, j’ai fait six heures de route pour une carte. Il y avait un léger point blanc dessus, alors j’ai laissé tombé.

« C’était un jeu pour enfants, c’est devenu un business pour adultes », conclut Cyril, qui préfère garder en tête les bons moments partagés avec son fils grâce à cette passion commune.

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