Dix hommes ont été tués par balles sur la voie publique en six mois à Grenoble et dans sa banlieue dans le cadre de « guerres de territoires exacerbées » entre trafiquants de drogue, a déploré mercredi le procureur Etienne Manteaux.

Si Grenoble a déjà vécu des violences liées au narcotrafic, « un palier a été franchi puisque les individus ne tirent plus aujourd’hui pour impressionner mais tirent pour tuer », a constaté le magistrat lors d’une conférence de presse.

S’exprimant au lendemain d’une fusillade ayant fait un mort et quatre blessés près d’un point de deal de Grenoble, le procureur a précisé que les faits avaient fait l’objet d’une « forme de revendication ».

Une vidéo montrant le passager d’une voiture tirer par la fenêtre avant, et filmé depuis le siège arrière, a circulé toute la journée sur les réseaux sociaux.

Alors que d’autres vidéos de ce type, certaines accompagnées de messages menaçants, ont été mises en ligne ces derniers jours, Etienne Manteaux a relevé une nouvelle « habitude dramatique » des auteurs d’homicides consistant à « se filmer pour impressionner ».

L’homme décédé mardi soir, âgé de 33 ans, présentait 11 condamnations à son casier judiciaire. Touché par deux balles au dos, il sera autopsié jeudi.

La fusillade a touché quatre autres hommes, tous dotés de lourds casiers, présentant « des blessures qui auraient pu être mortelles », et qui pour certains « ont manifestement eu beaucoup de chance », a souligné le procureur.

Pour lui, ces faits « apparaissent de façon évidente comme une riposte » à des tirs mortels survenus dimanche dans la commune voisine d’Echirolles, qui avaient entraîné la mort d’un homme, un « mineur de 16 ans », dont le corps a été retrouvé dans un véhicule calciné.

Les deux dossiers ont été transmis à la juridiction interrégionale spécialisée de Lyon.

« C’est un défi redoutable que nous posent aujourd’hui les narcotrafiquants avec un recours aussi désinhibé à la violence et avec une organisation aussi difficile à démanteler », a souligné Etienne Manteaux, évoquant des donneurs d’ordre « potentiellement non résidents sur le territoire national et une capacité, via les réseaux sociaux, à recruter des hommes de main ».

« Cela complexifie considérablement tant l’élucidation que le démantèlement de ces organisations criminelles quand elles sont aussi peu implantées en local », a-t-il ajouté, précisant avoir proposé à la maire écologiste de Grenoble Laurence Ruffin de « réactiver » des groupes locaux de traitement des délinquances. « J’ai senti une oreille attentive » de sa part, a-t-il dit, évoquant une première réunion en ce sens vendredi.

publié le 27 mai à 18h15, AFP

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