L’OMS alerte, dans PLOS Neglected Tropical Diseases, sur la migration de serpents venimeux vers des zones plus peuplées. Avec la chaleur et l’urbanisation, le risque de morsures grimperait, y compris là où on ne l’attend pas.

Dans les faubourgs chauffés par des étés plus longs, des silhouettes ondulantes apparaissent déjà là où on ne les attendait pas. L’OMS s’appuie sur une analyse publiée dans PLOS Neglected Tropical Diseases pour cartographier la progression de serpents venimeux vers des zones plus densément peuplées, un déplacement nourri par le climat et la pression humaine. Des kraits et des cobras cracheurs aux mambas noirs, en passant par les mocassins à bouche de coton, certaines espèces semblent prêtes à franchir un pas de plus vers nos villes. Jusqu’où ces migrations pousseront-elles les risques, du nord de l’Inde aux villes du Myanmar, et que signifie ce mouvement pour la santé publique demain ?

Le réchauffement et l’urbanisation bousculent les cartes. Certaines espèces venimeuses, des crotales aux cobras en passant par les vipères, déplacent leur aire de répartition et s’approchent des zones densément peuplées. Résultat, plus de rencontres, donc plus de morsures, mais aussi davantage de serpents tués par peur ou méconnaissance. Pour le coup, les spécialistes parlent d’un enjeu de santé publique global, avec des conséquences très concrètes sur les systèmes de soins déjà sous tension dans plusieurs régions.

Publiée dans PLOS Neglected Tropical Diseases, une analyse menée avec l’OMS compile bases de données, collections de musées et science participative pour dresser la carte actuelle des serpents les plus dangereux. Les modèles projettent des déplacements d’espèces comme les kraits en Asie ou les mambas noirs en Afrique d’ici 2050, et plus encore en 2090. Au passage, l’étude rappelle l’ampleur du phénomène, avec près de 4 millions de morsures par an, même si les chiffres restent sous-estimés dans de nombreux pays.

Les mocassins d’Amérique du Nord, les serpents corail d’Amazonie, des vipères en Europe et en Amérique du Sud, ou encore les cobras cracheurs pourraient étendre leur présence vers des zones plus habitées. Les projections pointent le nord de l’Inde et les grandes villes du Myanmar, mais aussi la Papouasie-Nouvelle-Guinée et des territoires ruraux d’Afrique subsaharienne. D’ailleurs, certains serpents comme le mamba noir pourraient quitter des régions de la Corne de l’Afrique pour gagner des zones plus à l’ouest et au sud, au gré des températures et des habitats disponibles.

Dans les régions denses, la promiscuité augmente mécaniquement le risque d’accident. Là où les infrastructures sont limitées, l’accès aux anti-venins et à des soins rapides reste un défi, surtout en zones rurales. Du coup, les agriculteurs, les enfants jouant à l’extérieur ou les travailleurs nocturnes sont en première ligne. Faut-il s’attendre à une hausse des décès évitables si rien ne change ? Les experts redoutent surtout des délais trop longs entre morsure et prise en charge, un facteur clé de gravité.

Les autorités sanitaires sont appelées à anticiper : stocks stratégiques d’anti-venins, formation des soignants, circuits d’évacuation rapides, campagnes de prévention sur les gestes qui sauvent. En parallèle, protéger des espèces clés reste crucial pour l’équilibre des écosystèmes, insistent des chercheurs comme David Williams. Très concrètement, porter des chaussures fermées, éclairer ses déplacements la nuit, ne pas manipuler un serpent et connaître la conduite à tenir après morsure peuvent déjà faire une vraie différence, ici et maintenant.