21 229 mètres. Soit près de trois fois la hauteur de l’Everest. Olympus Mons, le volcan géant de la planète Mars, domine sans partage tous les reliefs connus du système solaire, et pourtant, aucune sonde n’en a jamais exploré les flancs de près. Le record absolu de hauteur appartient à un monde que nous n’avons pas encore foulé.

À retenir

  • Une montagne trois fois plus haute que l’Everest, mais personne n’a jamais pu s’en rapprocher
  • Sa taille colossale s’explique par l’absence de tectonique des plaques sur Mars
  • Des signes d’activité géologique récente suggèrent que ce volcan n’est peut-être pas complètement éteint

Sommaire

  1. Un géant qui écrase tous les records terrestres
  2. Pourquoi Mars a pu créer ce monstre géologique
  3. Repéré depuis la Terre bien avant d’être compris
  4. Un volcan dormant, peut-être pas tout à fait mort

Un géant qui écrase tous les records terrestres

Culminant à 21 229 mètres au-dessus du niveau de référence martien, Olympus Mons est le plus haut relief connu du système solaire. Pour mesurer ce que cela représente concrètement : l’Everest pointe à 8 849 mètres. Olympus Mons s’élève à 21 km au-dessus du datum global martien, et domine par endroits ses environs immédiats de 26 km. Sur Terre, l’Everest atteint environ 8,8 km au-dessus du niveau de la mer, tandis que le plus haut volcan terrestre, le Nevados Ojos del Salado au Chili, ne dépasse pas 6,8 km.

Olympus Mons couvre une superficie d’environ 300 000 km², soit approximativement la taille de l’Italie ou des Philippines. Posez ce volcan sur la France : il déborde de toutes parts. S’étendant sur environ 648 kilomètres à sa base, l’inclinaison moyenne de ses pentes ne dépasse pas 5 degrés, ce qui crée un paradoxe vertigineux : une montagne trois fois plus haute que l’Everest, mais aux flancs si doux qu’un marcheur placé à mi-hauteur ne percevrait pas nécessairement qu’il grimpe. En raison de sa taille et de ses pentes peu prononcées, un observateur posé à la surface martienne serait incapable de percevoir le profil complet du volcan, même de loin. on pourrait se trouver sur Olympus Mons sans même s’en rendre compte.

Pourquoi Mars a pu créer ce monstre géologique

La taille extraordinaire d’Olympus Mons s’explique par l’absence de plaques tectoniques mobiles sur Mars. Contrairement à la Terre, la croûte martienne reste fixe au-dessus d’un point chaud, permettant à un volcan d’accumuler de la lave indéfiniment au même endroit. Sur Terre, le déplacement des plaques fait « migrer » les volcans au-dessus des points chauds, produisant des chapelets d’îles comme Hawaï. Sur Mars, rien ne bouge. La lave s’empile, couche après couche, pendant des milliards d’années.

La gravité martienne plus faible réduit les contraintes sur la croûte, permettant une accumulation de lave plus importante avant tout effondrement. L’absence de tectonique mobile permet à un point chaud du manteau de rester au même endroit très longtemps. Et la faible érosion sur Mars préserve l’édifice sur de très longues durées. Résultat : les volcans martiens vivent en général beaucoup plus longtemps que sur Terre, presque 4 milliards d’années dans le cas d’Olympus Mons.

Au sommet, six caldeiras imbriquées forment une dépression irrégulière de 60 par 80 km, profonde jusqu’à 3,2 km. Chacune correspond à un effondrement après vidange de la chambre magmatique, autant d’épisodes éruptifs fossilisés dans la roche. L’énorme chambre magmatique qui a alimenté Olympus Mons pourrait avoisiner les 80 kilomètres de diamètre.

Repéré depuis la Terre bien avant d’être compris

Le premier nom du volcan fut Nix Olympica, « les neiges de l’Olympe ». On le doit à Giovanni Schiaparelli, qui remarqua dès le XIXe siècle un point blanc à cet emplacement et pensait être en présence de neiges éternelles. L’albédo élevé perçu depuis la Terre est en réalité provoqué, non pas par de la neige, mais par des nuages de glace de CO₂ accrochés à son sommet. Une erreur d’interprétation qui aura duré près d’un siècle.

Ce n’est qu’avec l’arrivée de la sonde Mariner 9 en orbite autour de Mars en 1971 que l’on put reconnaître la nature volcanique de cette structure. Mariner 9 arriva alors que la planète était enveloppée dans une tempête de poussière globale : les sommets des grands édifices du plateau de Tharsis émergèrent progressivement des nuages de poussière, révélant leur hauteur. Un moment de révélation presque cinématographique : les premiers objets à percer la tempête furent précisément les plus hauts. La physique comme un spoiler involontaire.

Un volcan dormant, peut-être pas tout à fait mort

Les astronomes estiment que la dernière grande éruption d’Olympus Mons s’est produite il y a 25 millions d’années, ce qui est en réalité assez récent à l’échelle de l’histoire géologique de Mars. Mais « dormant » ne signifie pas « éteint ». Une découverte présentée à l’Europlanet Science Congress en 2024 a mis en évidence la présence d’un immense panache magmatique sous la région volcanique de Tharsis, mesurant plus de 1 600 km de largeur et situé à environ 1 100 km sous la surface. Des données indiquent que la région d’Olympus Mons est en train de monter plutôt que de s’affaisser, contrairement aux attentes. Des séismes, appelés « marsquakes » et enregistrés par l’atterrisseur InSight de la NASA, témoignent de processus géologiques toujours actifs.

À ce jour, aucune sonde n’a pu atterrir à proximité d’Olympus Mons, en raison des défis posés par le relief montagneux. En mars 2024, la sonde Mars Odyssey de la NASA a capturé une image inédite d’Olympus Mons, offrant une vue sans précédent du volcan et permettant aux scientifiques d’étudier différentes couches de l’atmosphère martienne, dont les nuages et la poussière. La même année, des chercheurs ont détecté des traces de givre à la surface d’Olympus Mons, équivalant à 60 piscines olympiques d’eau, une découverte qui a ravivé l’intérêt pour le volcan. De l’eau, sous une forme ou une autre, au sommet du toit du système solaire. Difficile de ne pas y voir une invitation à explorer davantage.