À quelques mètres de la gare Lille-Europe, de jeunes hommes parlent une langue subsaharienne. Ils sont adossés au mur de la Maison des mobilités durables, portée par la ville depuis septembre 2023 : « eux, ils sont gentils, ils traînent là, c’est devenu leur coin, ils ont pris leurs habitudes », soutient la jeune femme à l’accueil.
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On pourrait néanmoins se demander si leur présence ne dissuade pas certains de venir s’informer auprès de l’organisme, mais le personnel se veut rassurant quant au taux de fréquentation du bâtiment : « des gens viennent régulièrement ici pour appeler la police parce qu’ils viennent de se faire voler leur téléphone. »
Il arrive aussi que le motif du dérangement ne pousse pas forcément à contacter la police : « je ne me sens pas à l’aise à cause des gens qui zonent… Ils me demandent de l’argent, entre autres, mais il y a aussi des remarques déplacées », confie cette étudiante, qui ne souhaite pas en dire davantage.
Trois minutes à pied plus loin, des cafés-bistrots sont installés face à la deuxième gare : Lille-Flandres. Un serveur du quartier dit ne « pas être trop embêté » : « quand des sans-abri viennent aborder des clients sur la terrasse, on les dégage. On a toujours quelqu’un dehors au cas où. »
Sur la terrasse justement, aucun cendrier. Personne ne fume ? « Si, mais on n’a plus le droit d’en déposer parce qu’il est arrivé que des sans-abri les jettent sur les clients ou au sol lorsque quelqu’un leur refuse une cigarette. » La première réaction du serveur a mal vieilli.
Un couple anglais relativise également : « nous, on habite à Wolverhampton, là-bas c’est bien pire. » À la sortie de la gare, ils ont été approchés pour de l’argent, mais disent ne pas avoir été dérangés.
À l’accueil de l’office du tourisme, un jeune homme semble gêné par la question de la sécurité aux abords des gares : « non… on ne nous a pas remonté de problèmes particuliers… Quoi qu’il arrive, il faut demander à la mairie. » Ce n’est pas le seul à activer cette carte joker. Contactée, la SNCF déclare ceci : « Nous ne sommes pas en mesure de donner suite à votre sollicitation, la sécurité aux abords des gares est du ressort de la ville. » Et la sécurité à l’intérieur des gares ? Pas de réponse. Même son de cloche du côté de la mairie.
Qui sont les perturbateurs aux abords des gares ?
Devant Lille-Flandres, une dizaine de personnes interpellent les passants pour de la monnaie ou une cigarette. Parfois, elles insistent en pointant du doigt le café ou le kebab d’en face, demandant qu’on leur achète quelque chose à manger. On avance alors, et les choses ne s’arrangent pas.
La rue Faidherbe, qui mène à la gare, grouille de sans-abri. « Je ne suis pas armé, hein », peut-on entendre dans cette rue un mercredi à 15 heures.
Syrine Sedki, membre du syndicat Alliance Police nationale, opère dans le secteur. Elle affirme que de nombreuses personnes clandestines traînent dans les gares lilloises et commettent régulièrement des vols « comme dans toutes les gares d’ailleurs ». Elle reconnaît que le dispositif de sécurité SNCF a été renforcé, mais concernant la police nationale, elle déplore un manque d’effectifs expérimentés sur le terrain pour contrôler la délinquance liée aux gares.
Parmi les sans-abri à proximité de Lille-Flandres, on retrouve un panel multiculturel : Maghrébins, Subsahariens ou encore Roms. Il y a également des sans-abri français, parmi lesquels Nicolas, à la rue depuis un an : « je me suis fait voler mes affaires plusieurs fois. Je pensais qu’il y avait de la solidarité entre gens de la rue, mais non, il n’y en a aucune. »
« Il y a beaucoup de drogue, ça rend les gens fous ici, ça peut être dangereux », poursuit-il. Nicolas, lui, n’est pas drogué. Il décrit clairement sa situation et cherche à s’en sortir. Il confie avoir été pris en charge par une association qui devrait lui trouver un logement d’ici trois semaines.