La révision récente, par les Etats-Unis, de l’architecture du programme Artemis est révélatrice des évolutions rapides à l’œuvre dans le domaine de l’exploration humaine de l’espace. La suspension du projet de Gateway lunaire et l’annulation de la campagne de retour d’échantillons martiens MSR bouleversent les plans d’exploration lunaire de l’Europe et mettent en lumière une réalité qui ne se limite pas à ce secteur: l’Europe est aujourd’hui trop souvent tributaire de décisions qui échappent à son contrôle.

C’est à l’Europe de décider si elle préfère rester dépendante de tiers pour envoyer ses explorateurs dans l’espace ou si elle veut endosser pleinement son rôle de puissance spatiale en se dotant de tous les moyens nécessaires. En tant que directeur général de l’Agence spatiale européenne (ESA), je suis convaincu que, dans le domaine du vol spatial habité, l’autonomie n’est pas un luxe. Il s’agit au contraire d’un atout fondamental pour garantir que l’Europe reste libre de tirer parti de tout ce que l’espace a à offrir dans les domaines scientifique, économique, stratégique et géopolitique, et pour inspirer la jeune génération, qui écrira les nouveaux chapitres de son histoire.