Un mois avant son entrée au Panthéon, l’Allemagne a restitué, jeudi 28 mai, à la famille de Marc Bloch sept ouvrages volés à l’historien et résistant français pendant la Seconde Guerre mondiale.
Saisis par les nazis en 1942 dans la bibliothèque du médiéviste lors des persécutions antisémites, les livres ont été remis aux descendants de Marc Bloch et son épouse Simonne Vidal, lors d’une cérémonie à l’ambassade de France à Berlin.
Restitués par les bibliothèques de Berlin, Francfort et Greiz (est de l’Allemagne), ces livres (tous en français sauf un en allemand) seront remis à la bibliothèque Halphen, spécialisée dans les études médiévales, de l’Université de la Sorbonne.
Traitant pour la plupart d’histoire et de philosophie, ils portent tous la signature de Marc Bloch, ce qui a considérablement facilité leur identification.
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Des recherches « loin d’être terminées »
Sur un seul d’entre eux, « Fontamara », premier roman antifasciste de l’Italien exilé en Suisse, Ignazio Silone, est en plus apposé l’ex-libris de Marc et Simonne Bloch : un homme en train de fouler le raisin dans une cuve pour en faire du vin avec la devise latine ‘Veritas vinum vitae’ (la vérité est le vin de la vie, NDLR), illustrant combien la quête de la vérité face aux mensonges était importante aux yeux de l’historien engagé qu’il était.
« C’est une grande émotion de voir cet ex-libris (d’origine, NDLR) sur cet ouvrage car la pratique était de les arracher sur les livres spoliés », a déclaré à l’AFP Matis Bloch, arrière-petit-fils de Marc Bloch, âgé de 25 ans et docteur en histoire. Pour lui, cette cérémonie à Berlin a une « saveur particulière » car « toute la dimension européenne de Marc Bloch est exacerbée, c’est extrêmement fort ».

Matis Bloch, arrière-petit-fils de l’historien Marc Bloch, lors d’une cérémonie à l’ambassade de France à Berlin, où sept ouvrages ont été remis aux descendants de Marc Bloch et de son épouse Simonne Vidal, le 28 mai 2026. © Tobias Schwarz, AFP
« C’était un très grand patriote (français, NDLR) et aussi un très grand Européen. Ce qui n’est pas du tout incompatible », a-t-il dit, rappelant qu’il était aussi un « très grand spécialiste de l’Allemagne » qui avait « promu une histoire comparée ».
« Aujourd’hui de voir cette dimension européenne pleinement incarnée nous touche beaucoup », a-t-il continué.
Sur les 5 000 à 7 000 ouvrages en français, allemand, anglais et italien de Marc Bloch, volés par les nazis, seuls un peu plus de 2 000 ont été remis à ses enfants à la Libération.
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La plupart des livres restants ont été dispersés dans plusieurs bibliothèques, en France et en Europe.
Katharina Scheibe, responsable de la restitution pour la Bibliothèque de Berlin, a indiqué à l’AFP « ne pas exclure que d’autres livres de Marc Bloch se trouvent dans des bibliothèques ou dans des collections privées en Allemagne ». Les recherches à ce sujet sont « loin d’être terminées », a-t-elle ajouté.
Il n’a pas pu être déterminé jusqu’ici avec certitude qui a fait transporter les ouvrages de Marc Bloch en Allemagne.
« Un signe fort de l’amitié franco-allemande »
Cette restitution est pour le ministre allemand de la Culture, Wolfram Weimer « une reconnaissance majeure d’une injustice historique » et pour l’ambassadeur de France en Allemagne, François Delattre, « un signe fort de l’amitié franco-allemande ».
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Marc Bloch et son épouse Simonne doivent entrer au Panthéon le 23 juin, conformément à la volonté du président Emmanuel Macron qui avait salué en novembre 2024 « l’œuvre, l’enseignement et le courage » du résistant.
Né en 1886 à Lyon dans une famille juive alsacienne, il avait étudié à Paris, Berlin et Leipzig.
Professeur d’histoire du Moyen-Âge à l’université de Strasbourg de 1919 à 1936, Marc Bloch avait été arrêté pour son activité de résistant par la Gestapo, à Lyon, le 8 mars 1944.
Emprisonné et torturé à la prison de Montluc, il a été fusillé le 16 juin avec 27 de ses camarades. Son épouse, Simonne, gravement malade, est décédée peu après.
Avec AFP